Notion d’écologie comportementale

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Notion d’écologie comportementale

chien-a-lunettesArticle pour cynophiles/cynologistes avertis


L’écologie comportementale, également appelée écoéthologie, est l’étude scientifique du comportement animal principalement en milieu naturel, notamment dans une perspective évolutionniste. C’est une discipline nouvelle à la croisée entre éthologie et écologie.

L’écologie comportementale a été fondée en 1978 par un ouvrage de John Krebs et Nicholas Davies sous le titre Behavioural Ecology, an Evolutionary Approach. Cette discipline s’inscrit dans le cadre théorique du néodarwinisme. Elle s’apparente à la sociobiologie.

Le principe de base est que la sélection naturelle a maximisé la survie des gènes. Dès lors, les organismes, les individus, ne sont que des véhicules temporaires pour les gènes, des machines à survie, qui se comportent de manière à maximiser leur valeur adaptative.

Le second principe est que le comportement optimal d’un individu, pour atteindre ce but, dépendra à la fois du comportement des autres individus et des circonstances écologiques qui façonnent le mode de vie de l’animal.


Le concept de solutions fonctionnelles de l’animal

 
On admet que, pour maximiser la survie de ses gènes, un animal devra optimiser les solutions fonctionnelles des problèmes auxquels il est confronté au cours de sa vie. Dans le domaine comportemental, des stratégies optimales auraient été stabilisées au cours de l’évolution afin de résoudre trois sortes de problèmes auxquels un animal doit faire face :

→ Organiser son comportement alimentaire de la manière la plus économiquement rentable. Il s’agit, tout d’abord, pour l’animal, de réduire au minimum les coûts énergétiques occasionnés par la recherche puis la récolte des aliments ou la capture des proies, pour le gain énergétique le plus élevé. Les stratégies optimales conduisent aussi l’animal à chasser ou à récolter seul ou en groupe et à mettre en oeuvre les comportements efficaces pour ne pas devenir nourriture à son tour.

→ Utiliser la stratégie la plus favorable pour propager ses gènes aux générations futures, c’est-à-dire gagner face aux compétiteurs, choisir le meilleur partenaire, obtenir le succès reproducteur maximal et produire les descendants les plus féconds.

→ Développer la stratégie la plus rentable d’utilisation de l’espace et de distribution des activités dans le temps, c’est-à-dire celle qui limite les déplacements, maximise la sécurité et assure l’exploitation de toutes les ressources du milieu, à tous les âges de la vie.

 
On peut résumer ces principes en l’évaluation permanente du bénéfice/risque à exprimer un comportement dans une finalité de survie de l’individu et de l’espèce.

On peut voir l’écologie comportementale à l’œuvre au sein de communautés de canidés. plus ou moins nombreuses et plus ou moins régentées par l’humain. Ces communautés vivent en harmonie ; les conflits sont très rares et ne concernent quasiment que des ressources.

L’écologie comportementale met sérieusement à mal le mythe de la dominance qui cherche à faire croire que c’est une hiérarchie établie qui permet la cohabitation. L’exemple des chiens féraux est particulièrement probant.


1 – Ecologie comportementale et sélection des races

 

Il serait intéressant de vérifier le bien fondé de certaines orientations de la sélection selon les principes de l’écologie comportementale.


2 – Ecologie comportementale et éducation canine ou pratique d’activités sportives

 

Partons du principe que l’éducation canine consiste surtout à conditionner l’animal à adopter certains comportements plutôt que d’autres et du principe que la pratique d’activités sportives est une occasion d’offrir des possibilités d’exprimer ses comportements. Ce sont les arguments actuels de l’éducation canine et de la pratique d’activités sportives.
 
Quels sont les bénéfices habituels des comportements ?
 

a) Permettre la satisfaction d’un besoin physiologique

La satisfaction d’un besoin physiologique consiste à rétablir un déséquilibre lié à une carence (exemple : nutriments ou énergie), ou lié à un excès (exemple : déchets organiques).

La satisfaction d’un besoin physiologique repose sur le perpétuel réajustage des niveaux. Ce sont les déséquilibres qui stimulent les comportements.
 

b) Permettre la satisfaction d’un besoin comportemental

A l’origine des besoins comportementaux on trouve souvent des besoins physiologiques mais aussi des besoins de sécurité, des besoins d’apprentissage afin de mieux maîtriser son environnement et d’être plus efficient, et des besoins affectifs. On pourrait leur ajouter des besoins de retour à un meilleur confort en état de stress. L’insatisfaction de ces besoins est connu pour affecter le bien-être et l’état émotionnel, ce dernier étant le signal d’alarme par excellence.
 
Quels sont les risques afférant aux comportements ?

 

a) la création d’un déséquilibre au niveau physiologique et notamment l’épuisement des ressources en nutriments et en énergie

b) l’atteinte de l’appareil ou de la fonction exploités par le comportement

c) la mise en danger de l’individu

 
Quelles solutions à cette problématique existent ?

 

La solution est assez simple : inhiber le comportement si le risque est supérieur au bénéfice

Pour cela il faut évidemment être en mesure de vérifier les niveaux et les états, y compris en cours de comportement, afin de pouvoir prendre la décision qui s’impose pour se maintenir en vie et se préserver.

Si un déséquilibre apparaît, si une atteinte survient ou si l’individu est confronté à un danger périlleux le système d’inhibition du comportement se déclenche (le pendant en quelque sorte du système de motivation).

Jusque là tout irait pour le mieux s’il n’existait des possibilités de dérapages.

La première possibilité de dérapage est liée à l’évaluation des niveaux et des états.

Selon des processus bien connus en médecine du sport on sait qu’un effort prolongé par exemple déclenche la libération d’endorphines endormant littéralement le système de perception de la douleur. Selon des processus tout aussi connus des addictologues on sait que certains comportements sources de plaisir court-circuitent la prise de conscience de l’épuisement, voire du danger. L’évaluation correcte peut être affectée et donc ne pas déclencher le système d’inhibition du comportement.

 

La seconde possibilité de dérapage est liée à la désactivation du système d’inhibition du comportement. Les centres de commandes déclenchant ou inhibant les comportements sont dans le cerveau et fonctionnent au moyen de neurotransmetteurs. Le plus connu des neurotransmetteurs inhibant les comportements est le GABA qui freine la transmission du message au niveau du neurone. L’autre neurotransmetteur en action dans l’inhibition des comportements est la sérotonine qui informe les centres de commande de l’état de satiété. L’adrénaline n’est pas en reste lorsque un état ou un niveau atteint la zone rouge puisqu’il s’agit du neurotransmetteur du stress. L’adrénaline a la particularité d’ailleurs d’entrer en action autant pour déclencher qu’inhiber selon que le stress est lié à un danger extérieur ou un danger intérieur par carence ou excès. Tout ceci fonctionne en parfaite symbiose et régule les comportements … tant que rien ne dérègle la mécanique. Selon des processus bien connus des mêmes addictologues on sait que les systèmes dopaminergiques et sérotoninergiques sont sujets à dérèglements notamment lorsque le système dopaminergique est sur stimulé (système sérotoninergique submergé) ou lorsque le système sérotoninergique est défaillant. René Hen (Inserm U184, Strasbourg) a créé une lignée de souris particulièrement agressives juste en « éteignant » le gène qui code l’un des récepteurs de sérotonine pour en démontrer l’action.


L’éducation canine et la pratique des activités sportives sous l’angle de l’écologie comportementale

 

L’éducation canine impacte les apprentissages. En ce sens elle répond aux impératifs de l’animal qui sont de développer ses connaissances et de s’adapter à son environnement.

L’éducation canine sous la direction d’un guide humain ne tient par contre pas compte de l’évaluation bénéfice/risque naturelle puisqu’elle ignore pour la plupart les informations sur l’état interne susceptibles de déclencher le système d’inhibition d’un comportement et ne considère que le bénéfice pour l’humain à ce qu’un comportement se produise (si ce comportement ne produit pas de bénéfice pour l’humain, il cherche à le faire disparaître même s’il produit un bénéfice pour le chien).

⇒ On peut légitimement s’interroger sur la compatibilité de l’éducation canine avec l’écologie comportementale en dehors d’une totale liberté de choix de poursuivre ou de cesser une séance ou de n’exprimer que des comportements faisant partie du répertoire normal d’un chien (certains comportements très exceptionnels et donc plutôt rares sont fréquemment renforcés lorsqu’ils intéressent l’éducateur).

 

L’éducation canine au renforcement positif s’appuie sur le système dopaminergique (plaisir et motivation). En ce sens elle est bien traitante tant que l’éducation canine ne s’intéresse qu’aux comportements dérangeants pour la cohabitation et enseigne et encourage à l’adoption de comportements alternatifs non préjudiciables à l’écologie comportementale.

Il est malheureusement de coutume de modeler l’intégralité du répertoire et de maitriser jusqu’aux déplacements et prises alimentaires. Dans un tel cadre de vie où plus aucune décision n’appartient à l’animal, les systèmes d’inhibition n’ont plus aucune utilité puisque l’environnement et l’humain ne permettent même plus qu’il y ait déclenchement et dans les cas où il y a déclenchement environnement ou humains entravent ou mettent un terme au comportement (disparition du self-control au profit d’un contrôle exclusivement externe).

⇒ On peut légitimement se poser la question de la compatibilité de l’éducation canine au renforcement positif systématique avec l’écologie comportementale en dehors d’une plus grande liberté d’action et de décisions dans les déplacements, les prises alimentaires, les contacts sociaux etc. qui entretiendraient par ailleurs le système d’inhibition.

 

La pratique d’activités sportives permet de la dépense énergétique et l’expression des comportements issus de la sélection des gènes codant la fréquence et l’intensité de la mise en route des pattern moteur. En ce sens elle est bien traitante tant qu’elle se limite à permettre l’expression.

Malheureusement il est plutôt de coutume de stimuler cette expression et de l’encourager qui plus est au moyen du renforcement positif. A cela s’ajoute l’entraînement qui développe les capacités et compétences propres au sport et créé des habitudes de fonctionnement.

⇒ On peut légitimement s’interroger sur la compatibilité entre l’écologie comportementale et la pratique d’activités sportives privilégiant certains comportements au détriment d’autres en dehors de la pratique d’activités très complètes ou de plusieurs activités se complétant pour permettre l’expression de tout le répertoire.

⇒ De même qu’on peut s’interroger sur le bien fondé de stimuler la mise en route de pattern moteur y compris face à une problématique de fréquence et d’intensité (liées à la sélection) dès lors que ceux-ci n’ont vocation à se mettre en route qu’en présence d’un stimulus probant et d’un état interne justifiant le déclenchement (exemple proie + faim => poursuite mais absence de faim => pas de poursuite et/ou absence de proie => pas de poursuite selon l’écologie comportementale. Pour qu’il y ait poursuite d’une proie sans faim il faut que cette poursuite procure un bénéfice qui est généralement du plaisir ressenti lors d’une première expérience).

 

La pratique d’activités sportives s’appuie sur les systèmes noradrénergiques et dopaminergiques (stimulation, motivation et plaisir). En ce sens elle n’est pas maltraitante tant que la pratique d’activités sportives s’inscrit dans un planning d’activités variées permettant également des activités cognitives de réflexion et des activités relaxantes de récupération et de stimulation des autres systèmes de neurotransmetteurs (GABA et sérotoninergique).

Malheureusement des objectifs de compétition et/ou de performances se greffent fréquemment sur la pratique des activités sportives auxquels s’ajoutent l’illusion d’un bien-être. Il est effectivement fréquent de confondre plaisir et confort. Autant le plaisir est une composante du bien-être, autant le plaisir n’est pas le bien-être, lequel s’accorde assez peu avec des variations importantes d’humeurs ou d’état internes.

⇒ On peut légitimement s’interroger sur la compatibilité entre l’écologie comportementale et la pratique d’activités sportives si celles-ci font faire le yoyo aux chiens sur le plan émotionnel et sur le plan physiologique. On peut également s’interroger sur le bien fondé à prendre le risque de désactiver le système d’inhibition en sur stimulant le système de déclenchement (adrénaline) et le système de renforcement (dopamine) durant les activités intensives.


3 – Ecologie comportementale et relationnel avec l’humain

 

Il est possible d’évaluer également le respect de l’écologie comportementale dans le cadre du relationnel avec l’humain. Cette comparaison fait abstraction de l’aspect affectif bien qu’il soit prépondérant et nécessaire à l’homéostasie émotionnelle du chien.

Considérer le relationnel de ce point de vue présente l’avantage de ne pas donner prise à une certaine critique qui tend à confondre encouragement au libre arbitre et à l’esprit critique avec laxisme ou irresponsabilité, les deux premières qualités étant indispensables à l’évaluation des bénéfices/risques et à la prise de la meilleure décision.

 

Quels sont les bénéfices à tenir compagnie à l’humain ?

 

a) un accès facilité (moins couteux et plus abondant)  aux ressources satisfaisant les besoins physiologiques à tous les âges de la vie

b) une sécurité accrue du milieu

 
Quels sont les risques à tenir compagnie à l’humain ?

 

a) un accès conditionnel aux ressources satisfaisant le besoins physiologiques contre l’expression de comportements choisis et appréciés par l’humain, y compris lorsqu’ils ne sont pas spécialement en accord avec les besoins à satisfaire, les capacités physiques, physiologiques et psychologiques et l’énergie disponible à un instant T pour les exprimer. Les ressources sont en quelque sorte un salaire qui se mérite.

b) des restrictions au niveau du milieu de vie, des expériences et des activités pratiquées qui ne satisfont pas tous les besoins comportementaux et procurent des frustrations.

c) des expositions à un milieu de vie, des expériences, des activités et des contacts procurant des peurs.

 

Selon l’écologie comportementale, la compagnie de l’humain doit répondre à la facilitation de l’accès aux ressources et à la protection de l’animal sans conséquences trop préjudiciables sur son état physiologique et psychologique.

Dans un tel cas, l’écologie comportementale pousserait l’animal à se séparer de ce compagnon couteux et/ou dangereux sauf à être particulièrement bénéfique par ailleurs (intervient la question de la satisfaction des besoins affectifs qui lient un chien et son humain même s’il est maltraitant).

⇒ On peut donc légitimement s’interroger sur la compatibilité entre l’écologie comportementale et la compagnie de l’humain en dehors d’une relation non conditionnelle sur le plan des ressources, non restrictive et non angoissante sur le plan du milieu, des expériences, des activités et des contacts.


En conclusion

 

On a l’habitude d’évoquer le bien-être pour considérer si un mode de vie et une relation sont acceptables. Or le bien-être englobe aussi l’aspect affectif et peut donner l’illusion du respect de l’écologie comportementale lorsqu’il est apprécié en unités de plaisir.

Lorsque l’on se préoccupe en toute objectivité de cette écologie comportementale, qui a permis à nos compagnons à 4 pattes d’évoluer à travers les siècles pour devenir ce qu’ils sont, on constate avec un certain dépit que rares sont ceux qui ne sont pas en proie avec des compromis, voire de véritables dilemmes.

 

Références principales

Les 6 neurotransmetteurs du cerveau

Définition détaillée d’écologie comportementale


 

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