Manque et perte d’empowerment

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Manque et perte d’empowerment

Le chemin vers la résignation

 

Aujourd’hui j’aimerai vous parler d’un sujet qui a fait son entrée récemment dans le vocabulaire des éducateurs canins et des comportementalistes : l’empowerment. Et j’aimerai surtout vous parler du manque et de la perte d’empowerment et des conséquences sur le chien.

 

L’empowerment qu’est ce que c’est ?

 

Déjà il n’y a pas d’équivalent en français pour ce mot. Au mieux peut on le traduire par le fait d’avoir le pouvoir de décider et d’agir librement en fonction de ses besoins et de ses désirs. Il s’apparente à l’autonomie mais également au contrôle sur les évènements et sur l’environnement. L’empowerment fait appel au libre arbitre, à l’écologie comportementale mais également à l’image de soi. Il appartient à la cognition supérieur. De mon point de vue il est fondamental, vital !

Le problème est que justement cet empowerment est difficile à marier avec la domestication. La domestication va de pair avec la perte totale ou partielle de la liberté de mouvement, la liberté de reproduction et même la liberté d’alimentation. En ce qui concerne le chien ces privations peuvent même atteindre des paroxysmes. Certains chiens n’ont rien à envier à des cochons d’inde disons le. Entre l’usage systématique de la laisse pour les promenades, l’usage de la cage à la maison, la stérilisation et la distribution quotidienne d’une alimentation industrielle et invariable, l’empowerment est sacrément mis à mal.

 

 

Les motivations profondes, et non les justifications, à imposer ce mode de vie à un animal pourraient faire l’objet d’un article à part entière. Accepteriez-vous de subir cela ? Avez-vous subi cela d’une certaine façon ? Avez-vous été privé de votre empowerment ? Car c’est bien cet empowerment qui est réduit à presque rien quand un animal est condamné à vivre, même temporairement (j’entends déjà les justifications arriver) dans un cadre aussi stricte ne lui permettant ni de se soustraire, ni de se défendre, encore moins d’opter pour une activité satisfaisant ses besoins.

On pourrait d’ailleurs définir l’empowerment par ce qui l’affecte : L’empowerment est affecté par les interdits, les limitations, les privations mais également les violations dont il est impossible de se libérer.

 

Les effets de l’empowerment sur l’état d’esprit du chien

 

Avant d’aborder les conséquences du manque d’empowerment, je trouve intéressant de parler des effets positifs désormais connus et exploités de l’empowerment sur l’état d’esprit.

 

Les soins coopératifs

L’empowerment est à la base des soins coopératifs. Il s’agit en effet d’obtenir l’adhésion du chien aux soins qui lui sont prodigués et pour obtenir l’adhésion on le valide d’abord dans le refus. En d’autres termes on renforce son retrait par l’arrêt des soins (R -) tandis que parallèlement on renforce également son retour et son acceptation par une récompense alimentaire ou sociale (R+). Le chien est placé en position de décideur et d’acteur.

Que se passe t’il lorsque l’on entraîne son chien aux soins coopératifs ?

La première pensée qui vient aux maîtres quand on leur propose cette façon de faire est : “Mais jamais il ne viendra !” Or rapidement on s’aperçoit que non seulement le chien vient mais se prête de plus en plus aux soins comme si cette possibilité de s’y soustraire augmentait sa patience et son acceptation d’un certain inconfort. Merci l’empowerment !

 

L’obéissance

L’empowerment est de plus en plus exploité pour obtenir l’obéissance en cela qu’il produit des effets particulièrement positifs sur la collaboration comme dans les soins coopératifs.

Les apprentissages et les entrainements sont du même type que ceux mis en place durant les soins. Le chien est validé dans son refus par l’arrêt de la demande (R-). Ce refus se manifeste souvent par une déconnection du maître. Parallèlement on le renforce fortement pour son retour dans l’interaction et sa réponse positive à toute demande simple au moyen d’une récompense alimentaire ou sociale. Petit à petit on obtient un chien faisant preuve de beaucoup plus d’engagement et d’un goût plus prononcé pour l’effort, y compris celui n’ayant pas de sens pour lui, ce qui permet d’augmenter progressivement les critères des demandes.

 

 

Qu’en est-il quand on impose sa volonté au chien ?

 

Volontairement je n’aborderai pas les effets connus de la violence ou la menace sur le chien. Les méthodes coercitives d’éducation ne devraient même plus avoir cours à notre époque tant on sait qu’elles sont la cause de problèmes multiples au niveau comportemental et relationnel.

Cela dit la violence n’est pas toujours là on on pense qu’elle est. La violence peut parfois prendre des formes sournoises, presqu’invisbles à l’oeil des non avertis. L’atteinte à l’empowerment est une de ces violences sournoises et presqu’invisibles quand elle prend certaines formes. En matière de violences, c’est au niveau de la victime qu’il faut s’intéresser. Quand la victime s’oppose, se défend et parfois se résigne c’est qu’elle fait ou a fait l’objet d’agressions de son point de vue. Il n’est pas rare que ces agressions visent justement son empowerment quand il s’agit d’obtenir sa soumission.

On peut du coup ajouter à la définition de l’empowerment que c’est le contraire de la soumission car l’empowerment est lié au consentement.

Pour en revenir aux effets négatifs d’une privation d’empowerment, résumé ici par imposer sa volonté au chien, la réaction première est l’opposition. Le réflexe d’opposition est bien connu. Il est responsable du fait d’aller à l’opposé de là vers où on est poussé ou tiré. Il est à l’oeuvre dans la marche en laisse façon tracteur ou dans le recul version saut de kangourou quand on met de force un chien en cage. J’ai personnellement tendance à penser que le réflexe d’opposition est la manifestation première de l’atteinte à l’empowerment. Et puisque c’est un réflexe, c’est que l’empowerment est fondamental.

Sur le plan neurobiologiqque et physiologique il se passe les choses suivantes lorsqu’il y a réflexe d’opposition :

♦ Activation de l’amygdale, de l’hypophyse et de l’hypothalamus

♦ Activation du système sympathique qui met en branle toutes les fonctions permettant de se soustraire ou de se défendre

♦ Activation des surrénales pour la production du cortisol nécessaire au maintien des fonctions permettant de se soustraire ou de se défendre

♦ mise en attente des fonctions non nécessaires

Tout ce qui caractérise l’état de stress et s’observe à travers diverses réactions : concentration dirigée vers l’objet d’opposition, déconnection des autres perceptions, tensions musculaires etc.

Lorsque l’on impose sa volonté de façon ponctuelle, on met le chien en état de stress de façon tout aussi ponctuelle. Une fois l’évènement passé, les choses rentrent dans l’ordre sur le plan neurobiologique et le plan physiologique. Là où le bat blesse c’est lorsque l’on impose sa volonté de façon régulière. Le stress n’est plus aigu, il devient chronique.

 

Qu’en est-il quand le chien ne parvient pas à se soustraire ou se défendre ?

 

Il se résigne !

La résignation s’explique aussi sur le plan neurobiologique et physiologique.

L’état de stress va de pair avec l’activation de plusieurs systèmes neuronaux et hormonaux dans le but de mettre en oeuvre des fonctions permettant de se soustraire ou de se défendre. Mais voilà il arrive un moment où les réserves énergétiques s’épuisent et où il devient plus important de ne pas se tuer à la tâche. Le maintien en hyper vigilance, hyper ventilation, rythme cardiaque élevé, contraction musculaires, pause digestive et éliminatoire est dangereux. La survie en dépend et elle met un terme à l’action devenue délétère.

Sachez le lorsqu’un chien arrête de se soustraire ou de se défendre ce n’est pas qu’il s’habitue, c’est qu’il se résigne après être passé par cette phase et ce choix entre continuer et se mettre en danger ou s’arrêter et survivre.

 

Evidemment je ne parle pas là de petites contraintes ou de petites privations qui font l’objet d’un choix raisonné, d’une évaluation des bénéfices/risques. Les petites contraintes et les petites privations sont régies par la réflexion. Dans le cas de stress important et aigu, la réflexion n’est plus fonctionnelle. Cela dit l’accumulation de petites contraintes et de petites privations finit par générer un stress tout aussi aigu qu’une seule grosse contrainte ou une seule grosse privation surtout si elle affecte en permanence l’empowerment. Plusieurs gouttes d’eau finissent par faire déborder le vase.

Pensez-y quand votre chien s’oppose fortement à une petite chose qu’il aurait accepté en temps normal. Sa journée n’a t’elle pas été une succession de petites contraintes et de petites privations ? Ne revendique t’il pas tout simplement un peu d’empowerment ?

 

A l’image du chien ci dessus, l’horizon de nos compagnons, leurs perspectives ne sont souvent plus qu’une accumulation d’interdits, d’impossibles et de conditionnements. Tout ceci est obtenu parfois d’une façon dite bienveillante sans menace, ni sanction mais cela les place dans la situation où rien dans leur vie n’est le produit de leur empowerment.

 

Le conditionnement affecte l’empowerment

 

Loin de moi l’idée de vous conseiller de laisser toute latitude à votre chien en matière de choix d’activités, de lieu d’expression de ses comportements. Ce serait parfaitement irresponsable compte tenu des dangers qu’il courre et de la législation à laquelle nous sommes tous soumis. Je suis la première à utiliser et à encourager au conditionnement pour obtenir le contrôle de son chien quand les circonstances l’exigent.

Cependant tout conditionner est une véritable atteinte à son individualité. C’est, soit dit en passant, ce qui à ce jour m’éloigne autant de l’éducation dite positive qui prône l’ultra conditionnement au R+ pour toute action du chien.

Pourquoi j’aborde le conditionnement dans un article sur le manque et la perte d’empowerment ?

Tout simplement car le fait d’imposer sa volonté d’une façon ou d’une autre jusqu’à l’adhésion ou la résignation par K.O. est un conditionnement du cerveau débouchant, si cela se répète fréquemment, sur l’apprentissage qu’il ne sert à rien de s’opposer ou de penser autrement. La répétition créé une autoroute neuronale prenant l’ascendant sur toute autre fonction finissant par éteindre toute volonté personnelle, toute motivation propre. On pourrait presque dire que cela tue la réflexion, le jugement et probablement même l’initiative.

 

Et l’impuissance acquise ?

 

L’impuissance acquise se définit comme un état de résignation non précédé d’opposition bien que la situation aurait normalement du susciter de chercher à s’y soustraire ou à se défendre.

C’est comme si toutes les fonctions qui auraient normalement dues s’activer étaient éteintes ou paralysées. J’avoue que sur le plan neurobiologique et physiologique je n’ai pas encore réussi à trouver des sources fiables expliquant ce qui se passe ou ne se passe pas. Mais déjà on sait que le retro-feedback des surrénales vers l’axe hypophyse-hypothalamus est en cause. Pour le reste j’avoue mes lacunes et surtout la grande pauvreté de publications sur le sujet.

Cependant sur le plan cognitif, l’impuissance acquise répond aux lois de l’apprentissage. La répétition créé systématiquement une autoroute neuronale qui prend l’ascendant sur toute autre fonction. Dans le cas qui nous occupe la résignation devient la fonction privilégiée devant la volonté de se soustraire ou de se défendre. On peut sans aucun doute dire que la répétition des situations menant systématiquement à la résignation par K.O. tue toute étincelle d’opposition et par là même elle tue l’empowerment.

Dans quelle mesure la répétition des situations menant systématiquement à l’adhésion par ajout d’un renforcateur d’origine humaine ne tue pas également toute motivation à penser autrement ou à penser par soi-même et par là même tue l’empowerment ? C’est la question que je pose. Car si l’opposition est la manifestation de l’atteinte à l’empowerment, le penser par soi-même est la manifestation de son existence.

 

Bienvenue au pays des robots et des peluches


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