La question du prix d’un chiot

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La question du prix d’un chiot

A quoi correspond le prix fixé

Lorsque vous adoptez l’un de nos chiots, il vous est demandé un certain prix. Ce prix n’est pas aléatoire, pas plus qu’il n’est fantasque. C’est ce que nous allons vous expliquer ici.

Aucune adoption n’est gratuite hormis celle que vous propose un ami ou un voisin ayant fait reproduire sa chienne mais c’est un autre débat. Même dans un refuge, dans une SPA, il vous est demandé un prix correspondant à une participation aux frais de fonctionnement du refuge et aux frais engagés pour l’animal. Mis à part qu’un élevage ne bénéficie pas de subventions ou de dons, il a autant, et même beaucoup plus, de frais de fonctionnement et autant, voire beaucoup plus, de frais engagés pour l’animal. C’est le premier point fondamental.

Un élevage ne peut compter que sur son chiffre d’affaire. Son chiffre d’affaire est généré par la cession des chiots quoiqu’on en dise et quoiqu’on en pense. Il est fréquent que l’éleveur soit jugé et condamné pour ce fait comme si cédé un chiot était un acte moralement inacceptable. Il y a cession et cession. Il y a cession correspondant au transfert de détention avec versement d’une indemnité pour le travail effectué et les moyens mis en oeuvre et cession correspondant à la vente d’un produit. Nous ne pratiquons pas la vente d’un produit mais le transfert de détention avec versement d’une indemnité pour le travail effectué et les frais engagé pour l’animal, au même titre que les refuges.

Dans notre élevage, le prix qui vous est demandé est déterminé à l’avance et fixe quelque soit la couleur, le sexe ou la longueur du poil du chiot. Ce prix ne répond pas aux lois de l’offre et de la demande qui font littéralement exploser le tarif de la rareté et caractérise la quête du profit. Il répond aux lois comptables. Chez nous ce sont les postes de dépenses qui imposent le prix.

 

 

 

Poste de dépenses n° 1 : Les soins prodigués à tous les chiens de l’élevage

 

Ce poste de dépenses englobe les postes de dépenses alimentaires et vétérinaires.

Pour que votre chiot naisse, il lui faut des parents. Chez nous, à de rares exceptions prés, ses deux parents vivent à l’élevage et y sont généralement nés, sauf adoption d’un chien d’un autre courant de sang pour éviter la consanguinité. La plupart du temps ils meurent également chez nous. Pourtant ce n’est qu’entre l’âge de 2 ans et 7 ans, pour les femelles, et 8 ans, pour les mâles, qu’ils reproduisent. Les quatre à six années qui suivent cette période, nous leur offrons une retraite bien méritée et la plus heureuse possible. Nous n’arrêtons ni de les nourrir, ni de les soigner pas plus que pendant les deux années qui ont précédé la reproduction. Nous ne parlons là que d’alimentation et de soins que l’élevage doit assuré pendant une douzaine d’années contre cinq à six années de contribution au chiffre d’affaire, si contribution il y a.

Car en effet, certains de nos chiens ne reproduisent pas. Ca arrive. Ces chiens là ne sont pas négligés ou mis au rebut pour autant.

En comptant les jeunes, les reproducteurs, les retraités et les “improductifs”, nous arrivons chez nous à une vingtaine de chiens. Le poste de dépenses alimentaires et vétérinaires est donc prévu pour cette vingtaine sans distinction entre les uns et les autres. Si certains pratiquent le soin sélectif et proportionnel à la contribution au chiffre d’affaire, ce n’est pas notre cas. Nous vous laissons imaginer le montant que cela représente avec un régime carné et cru (BARF) et le suivi ostéopathe et médical dont ils bénéficient.


Poste de dépenses n° 2 : Electricité, eau et fournitures d’entretien

 

C’est un poste important car le confort de nos chiens est aussi prioritaire que leur santé. Le confort contribue à leur bien-être et le bien-être est la condition sine qua non d’un élevage digne de ce nom.

Chez nous, les logements de nos chiens sont nettoyés et chauffés. Cela semble logique et pourtant la logique a tendance à s’arrêter à la tâche comme si l’énergie et les produits étaient gratuits. Le Berger Allemand est un chien rustique certes mais rusticité ne signifie pas insensibilité aux rigueurs climatiques ni accommodation avec des conditions de vie douteuses. Tous nos logements sont donc équipés de radiateurs, de lampe chauffante, de VMC. Pour vous donner une idée, sachez que nous sommes alimentées en Triphasé. Nous utilisons de l’eau en quantité pour le nettoyage sans compter que l’été nos chiens disposent de “piscines” pour se rafraîchir. Même si nous employons beaucoup d’eau de pluie recyclée, c’est assez gigantesque comparé à un foyer domestique. S’ajoutent à cela du matériel d’entretien et des produits spécifiques qui garantissent l’innocuité bactérienne ou virale des lieux. Cela se chiffre à plusieurs centaines d’€uros chaque mois.


Poste de dépenses n°3 : les dépenses “administratives” et fiscales, les salaires et charges sociales

 

Un élevage tel que le nôtre ayant pignon sur rue, conforme à la règlementation, ne cherchant pas à dissimuler ses revenus est tenu à un certain nombre de dépenses sans lien évident avec la santé et le confort de ses chiens. Cela va de l’assurance en responsabilité civile professionnelle au paiement de taxes multiples en passant par des honoraires de centre de gestion, des abonnements à des services et des adhésions diverses.

Cela inclue aussi le paiement des charges sociales et des salaires des personnes qui travaillent à l’élevage, un des plus gros poste de dépenses. Nous sommes 3 à travailler parce qu’humainement 3 personnes sont nécessaires pour assurer les soins courants, l’entretien des locaux et offrir des activités comblant leurs besoins à tous nos chiens, le devoir de tout propriétaire.

Un élevage, c’est 365 jours par an de fonctionnement. Les mises-bas durent rarement moins de 8 heures et se déroulent souvent de nuit. Les soins particuliers aux nouveau-nés puis aux chiots (manipulations, socialisation, familiarisations) sont l’essence même de la profession. Répondre au téléphone et accueillir les visites demande du temps. Conseiller et soutenir les familles quand cela est nécessaire occupe également une part de nos journées. Tout cela s’ajoute aux soins, à l’entretien et aux activités citées plus haut sans parler du job de secrétaire et de comptable indissociable du métier d’éleveur. Bien que nous soyons pluri-tâches, nous n’en sommes pas rendu au stade du robot opérationnel H24 et devons donc nous partager les tâches et nous relayer en termes de présence.

Cela englobe également les formations et chez nous les formations sont au coeur de nos pratiques. Malgré plus de 20 ans d’expérience, nous estimons que nous avons besoin en permanence de nous maintenir à niveau en termes de connaissances. A défaut de formations nous en serions certainement toujours à l’ère de l’éducation coercitive, du mythe du dominant et au stade de simple témoin du développement physique et comportemental de nos chiots avec tous les risques que cela implique. Croyez nous ou pas mais aucun formateur n’accepte de transmettre son savoir gratuitement.

S’ajoute à ces frais, le coût du LOF. Il est assez insignifiant comparé au reste mais il mérite d’être cité quand même car ni les demandes d’inscription, ni la confirmation ne nous sont offerts. Le LOF ne justifie pas à lui seul un prix fortement majoré. Mais le non LOF ne justifie pas davantage un prix fortement minoré. La vraie raison d’un prix bas est la suppression ou la compression de l’un des postes de dépenses que nous sommes en train de vous énumérer ici. Certains préfèrent avoir recours à une alimentation bas de gamme et limiter au maximum les soins vétérinaires. Parfois ce sont des conditions de vie sans confort voire sans hygiène. Pour faire des économies substantielles rien ne vaut la réduction du personnel. Qu’il soit insuffisant au regard du nombre de chiens évite de payer des salaires et des charges sociales. Chez d’autres on hésitera pas à dissimuler du chiffre d’affaire pour éviter de reverser la TVA. Il est évident aussi que les élevages qui vendent peu cher font l’impasse totale sur les formations et autres remises à niveau des connaissances.


Poste de dépenses n°4 : les dépenses d’acquisition et d’aménagement du lieu de vie des chiens

 

Dans ce poste de dépenses rentrent souvent le gros équipement et les amortissements pour l’achat des installations ou pour les travaux qui y sont effectués.

La règlementation est claire et intransigeante sur le sujet. Chaque chien doit disposer d’un logement d’au moins 5 m2. Des aires de détente doivent être prévues. La structure doit également comporter des locaux spécifiques : local pour les aliments, chenil de quarantaine, infirmerie, maternités et nurseries en nombre suffisant. Tout ceci doit être nettoyable et désinfectable donc construit dans des matériaux adéquats. Il doit y avoir des points d’eau. La gestion des effluents doit être assurée.

Compte tenu du nombre de chiens vivant à l’élevage, ce sont au bas mot près de 300 m2 de bâtiments dédiés à l’activité et 4000 m2 de surface au sol. A moins d’hériter d’une propriété, aucun éleveur n’est exempté de rembourser un ou plusieurs prêts ou de payer un loyer.

Une nouvelle fois un prix bas doit mettre la puce à l’oreille. L’élevage dispose t’il de logement en nombre suffisant ? Les chiens bénéficient ils d’assez d’espace ? Dites vous bien qu’un éleveur qui refuse les visites ou pire ne vend qu’à l’extérieur de l’élevage se libère de la pression du regard des adoptants. C’est la porte ouverte à tous les manquements possibles.


Si on fait l’addition

 

Les frais de fonctionnement, hors reproduction, sont donc très conséquents. On ne s’en plaint pas puisque l’on a choisi notre métier. Certains éleveurs y ajoutent même des frais d’exposition canines. Evidemment ces frais sont répercutés sur le prix des chiots. Nous n’avons pas tout détaillé pour ne pas être plus rébarbatives que nous le sommes déjà avec ce pavé mais il faut aussi consacrer un budget à la publicité, aux fournitures de bureau, aux abonnements téléphoniques et internet, à l’équipement, au véhicule etcetera etcetera.

Ces charges doivent être couvertes par ce qu’on appelle les produits en comptabilité. En ce qui concerne un élevage, ou du moins en ce qui concerne notre élevage, le total des charges est divisé par le nombre de chiots qui seront cédés et constitueront les produits. Petite parenthèse qui a son importance, les chiots cédés sont nés à l’élevage. Nous ne pratiquons pas non plus la revente.

Le nombre de chiots est en principe relativement fixe. Il est en tous cas plafonné par le nombre de mamans susceptibles d’avoir des chiots chaque année. Chez nous ce sera moins d’une fois par an entre 2 et 7 ans. Et compte tenu de la prolificité moyenne du berger allemand, ce sera environ 6 chiots par portée avec des frais de reproduction proportionnels au nombre de chiots par année. Ces frais de reproduction s’ajoutent aux frais de fonctionnement avant division bien sûr. Il s’agit de frais d’alimentation, de vermifugation, de vaccination ainsi que de frais de suivi des chaleurs, de la gestation et de la mise-bas. Nous incluons dans les frais de reproduction ceux dépensés pour les différents tests de santé des reproducteurs, dépistages génétiques, radiographies, prises de sang annuelles ainsi que les consultations ostéopathiques post mise-bas pour la maman et post naissance pour les chiots.

Vous savez maintenant tout sur le calcul du prix demandé pour un chiot.


Pourquoi le prix est non négociable

 

Le prix est non négociable car aucun poste de dépenses n’est suppressible ou compressible sans que cela ait des conséquences sur le bien-être des chiens ou le développement des chiots.

Pour obtenir un prix inférieur, la seule solution est d’agir sur les postes de dépenses. Sauf que la moindre diminution des coûts implique une diminution de la qualité ou de la quantité quelque part : qualité de la nourriture, qualité ou quantité des soins, quantité de chiens ce qui suppose que les improductifs et les retraités ne soient plus gardés, quantité du temps passé à s’occuper des animaux pour diminuer le personnel, quantité des investissements dans les installations et équipement, qualité du confort …

La politique des prix bas est un mal bien connu qui donne des résultats tout aussi connus et prévisibles : la baisse de la fiabilité et un mode de production destructeur d’emplois, d’environnement. C’est valable pour la machine à laver, pour la salade ou le steak dans son assiette, pour le jeans. Seul le nombre donne l’illusion de la rentabilité poussant à des pratiques intensives au rabais.

 

Un chiot au rabais = des pratiques d’élevage au rabais

 

Ce n’est pas notre façon de faire d’autant que nous n’élevons pas des machines à laver, des salades ou des jeans mais des animaux vivants destinés à intégrer des familles avec tout ce que cela sous-entend comme travail et moyens mis en oeuvre en amont pour multiplier les chances de réussite. Un prix plus bas irait de paire avec moins de travail, moins de moyens mis en oeuvre et inévitablement moins d’éthique dans notre métier.

D’ailleurs, vous qui lisez ces lignes, seriez-vous prêt à accepter que votre chiot ait été moins bien nourri, moins bien logé, moins bien stimulé ou encore moins bien câliné ? seriez-vous prêt à accepter que la reproduction soit synonyme de condamnation à vivre entassés dans des cages et à porter de la puberté à son dernier dernier souffle ? seriez-vous prêt à accepter que des chiens soient euthanasiés parce qu’ils ne rapportent rien ou plus, parce qu’ils gênent ?

La réponse à ces questions fait une excellente conclusion à cet article. Elle soulève la problématique de l’orientation de l’élevage canin vers un modèle productiviste à l’image de l’élevage de rente.

CQFD. En tous cas c’est ce qu’il nous fallait dire pour répondre à la question du prix et par la même occasion à la question de la différence entre producteur et éleveur.

Après avoir lu ce texte, étant moi-même l’HEUREUX maitre de Oural, un galopin en provenance de VALCREUSE, je ne peut que soutenir l’évocation de ce sujet. En effet, combien de gens ne pensent pas à toutes les charges induites par un tel métier, même si c’est un métier passion et il faut qu’il le soit.

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