A chacun son système de sélection d’un reproducteur

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A chacun son système de sélection d’un reproducteur

Régulièrement, dans nos pages, nous évoquons notre système de sélection de nos reproducteurs, termes que nous détestons soit dit en passant. En tant qu’élevage pratiquant la sélection, il était temps que nous donnions des éclaircissements sur notre grille d’évaluation des qualités et du potentiel de nos chiens, d’autant plus que force est de constater que la plupart des familles n’y comprend absolument rien à la cotation.


La cotation officielle

 

Pour faire bref sur celle-ci, il existe un système de valorisation des reproducteurs propre à chaque race, établi par le club de race et accepté par la Société Centrale Canine qui prend en compte les résultats de tests de santé, de comportement, épreuves de travail auxquels s’ajoutent les résultats d’exposition qui donne une cotation allant de 1 à 6 selon les étapes franchies.

On retrouve ces cotations individuelles sur les certificats de naissance et les pedigrees.

En ce qui concerne le berger allemand, un chien est coté 0 tant qu’il n’est pas confirmé, puis 1 dès sa confirmation.

Sa cote grimpe à 2 s’il est radiographié des hanches et des coudes avec une note n’excédant pas les stades C ou 1, s’il est identifié génétiquement, s’il a obtenu le CSAU (certificat de sociabilité et d’aptitudes à l’utilisation), s’il a une denture complète et s’il obtient au minimum le qualificatif le plus élevé dans sa tranche d’âge à une exposition régionale d’élevage organisée par le club de race ou bien, seconde possibilité, au minimum le qualificatif le plus élevé dans sa tranche d’âge dans une exposition autre à condition d’avoir le TAU (test d’aptitudes à l’utilisation qui comporte du mordant) et que le juge de cette expo ait suivi le cursus de formation du club de race.

(Je sais tout ceci est incompréhensible mais ne lâchez pas la lecture de l’article pour autant, ce qui est intéressant vient après)

Pour atteindre la cotation 3, la liste des exigences s’allonge sachant que quelque soit le chemin par lequel on atteint cette cotation 3, il comprend du mordant.

A partir de la cotation 4, la réussite de l’épreuve de caractère de la nationale d’élevage (ou des lices de printemps), épreuve avec mordant évidemment, est obligatoire en plus de l’obtention d’un excellent à cette nationale.

Les cotations 5 et 6 dépendant du nombre de cotés 4 dans la descendance directe.

Pour plus de détails, vous pouvez vous référer à la page du site du club de race


Notre système d’évaluation

 

Déjà nous ne faisons pas coter nos chiens.

La raison n°1 est que nous ne préparons plus aucun de nos chiens au mordant depuis plusieurs années. Pourquoi ? Parce que les formations que nous avons reçues sur le comportement nous ont révélée que le mordant même sportif est une désinhibition de la morsure qui doit ensuite être contrôlée par l’humain ce qui pose le problème de la méthode de contrôle et celui de la présence permanente de l’humain.

En outre ces pratiques reposent sur la poursuite, la saisie (la fameuse désinhibition de la morsure) et la combativité, des prédispositions comportementales incompatibles avec la vie de famille et l’intégration du chien dans nos sociétés restrictives et intolérantes.

La sélection sur ces prédispositions et le renforcement de celles-ci dès le plus jeune âge, parfois dès quelques semaines (!), créé des animaux ultra sensibles aux stimulations (excitables), réactifs et obnubilés par ces activités addictogènes.  Bien qu’ayant pratiqué longtemps le mordant sportif et y ayant pris beaucoup de plaisir tout en donnant beaucoup de plaisir à nos chiens, nous avons fait le choix de cesser cette sélection et cette préparation précoce qui va à l’encontre de nos objectifs et des centres d’ intérêts des familles pour au contraire réhabiliter l’inhibition de la morsure qui constitue une des premières attentes de nos clients.

 

La raison n°2 est que nous ne préparons aucun de nos chiens aux expositions hormis à la confirmation ce qui compromet la participation aux régionales d’élevage (voir plus loin ce que la préparation à ces manifestations exige) où nous pourrions, sans mordant, leur faire atteindre la cotation 2.

La raison n°2 bis est que, de toutes façons, il n’y a pas de régionale d’élevage organisée dans notre région et qu’il est hors de question que nous ballottions nos chiens pendant des centaines de km pour un qualificatif en expo. Quant aux autres expositions, organisées par les sociétés canines départementales, outre leur contexte (hall d’expo, cages, rings minuscules, jugements à la chaîne, mauvais esprit de compétition …) elles obligent à la pratique du mordant pour atteindre la cotation 2 ce qui ne présente donc plus aucun intérêt.

Il faut savoir que la préparation aux expo implique, pour le berger allemand, un apprentissage de la marche à toutes les allures en appui sur le collier (!) et la laisse dès le plus jeune âge et le développement de son goût pour cette marche en plus d’impliquer le travail de la position en statique prisée par les juges. La préparation aux expo induit également une familiarisation à l’environnement extrêmement bruyant et potentiellement anxiogène que constitue une expo en plus d’induire une immersion dans un milieu où pullulent des congénères et des humains stressés ce qui augmente considérablement le risque de sensibilisation responsable de réactivité ultérieure. Bien qu’ayant pratiqué longtemps les expositions canines et en ayant tiré une certaine reconnaissance et une certaine notoriété, nous avons fait le choix de nous préoccuper seulement du point de vue de nos chiens sur le sujet – et il est assez négatif – en limitant leur participation aux examens de confirmation et à quelques très rares manifestations en plein air où règne une ambiance bénéfique à leurs apprentissages.


Alors comment faisons nous pour faire de la sélection ?

 

Nous nous basons sur des critères importants de notre point de vue et du point de vue des familles et ne faisons reproduire que des chiens qui y répondent.

1/ la conformité de nos futurs parents à l’image que les personnes ont des bergers allemands, dans les limites autorisées par le standard. Cela passe par le type, les couleurs, la taille et la puissance que nous sélectionnons pour qu’ils correspondent aux goûts de ceux qui viennent chez nous ainsi qu’aux nôtres. Cela passe aussi par la fameuse ligne de dos et les angulations arrières pour lesquelles nous fuyons les excès puisque c’est également une des premières demandes de nos clients.

2/ la conformité de nos futurs parents aux attentes comportementales que les personnes ont des bergers allemands, c’est à dire des chiens intelligents, pondérés, proches de l’humain et toujours disposés à lui faire plaisir, dégageant une prestance certaine, une force tranquille, surtout pas d’excitabilité exacerbée ni d’agressivité gratuite bien que celles-ci puissent être le produit de conditionnements, ceci étant une des conditions que posent nos clients. Du coup nous ne proposons aucune activité à nos chiens qui pourraient déclencher ou entretenir ces comportements indésirables pour le commun des mortels.

3/ la conformité de nos futurs parents à l’état de santé que les personnes espèrent des bergers allemands, c’est à dire de la RUS-TI-CI-TE ! De la rusticité signifie que le chien n’est pas fragile, ne demande pas de précautions sanitaires ou environnementales particulières et … ne risque pas de déclarer une de ces pathologies à laquelle la race est prétendument ou réellement prédisposée. C’est un critère assez difficile à évaluer il faut l’admettre car la santé est très fortement impactée par les soins qui seront prodigués, surtout les soins durant la croissance mais lorsque l’on prend la peine de garder ses chiens jusqu’au bout et de veiller sur eux du mieux possible, on peut déjà se faire une idée des fragilités de certaines lignées. A cela s’ajoutent des tests génétiques et des examens qui permettent de voir à l’intérieur de ses animaux et même à l’intérieur de leur ADN histoire de ne pas se contenter du visible à l’œil nu.

Figurez vous que c’est au niveau de la santé que nous dépensons le plus d’argent pour nous assurer d’avoir des futurs parents aptes à assumer ces fonctions et des chiens qui vivent vieux dans la meilleure forme possible, pas au niveau des expos et encore moins au niveau des saillies à l’étranger avec un multi champion dont on ne verra de la descendance que la partie émergée de l’iceberg.

Cela passe chez nous

→ par une alimentation d’une qualité irréprochable et totalement adaptée à leurs besoins physiologiques et non des croquettes à base de céréales (et encore moins des croquettes sponsorisées donnant droit à des survêtements, des tapis de cages, des panneaux d’affichage, des kits chiot, des pages de pub dans les magasines, des avantages tarifaires chez chiens-de-France … faisant perdre de vue le rôle de l’alimentation),

→ par le confort des logements, de véritables maisons avec leur jardin arboré, offrant de la chaleur en hiver, de la fraîcheur en été, de l’hygiène chaque jour et … de la compagnie et non des chenils en tôles et béton 🙁 ,

→ par le soucis d’un mode de vie comblant tous les besoins comportementaux se traduisant par des câlins, des jeux, des balades sans aucun objectif d’entrainement, sans aucun enjeux et … sans aucune pression et non des sorties ayant pour vocation de les préparer et de les conditionner à la pratique d’un sport de saisie et à la présentation en expo,

→ par la prophylaxie ciblée et non des vaccinations, des vermifugations, des administrations d’antiparasites  à l’aveugle, des antibiotiques préventifs (!), des pansements intestinaux et autre subterfuges d’aide à la digestion de la nourriture dénaturée mais pratique et économique qui est distribuée, des suppléments en tout genre pour donner l’illusion de la bonne santé, voire des shampoings qui font briller le poil et des parfums qui cache l’odeur d’un organisme qui finit par évacuer ce qui l’intoxique par la peau,

→ par une surveillance constante de leur forme et de leur joie de vivre facilitée par la grande proximité entre nos chiens et nous et des vérifications régulières, notamment par un ostéopathe, et non un simple regard sur la gamelle, les crottes et le nombre de chiots qui réduit l’animal à un appareil digestif et reproducteur dont on se débarrassera dès qu’il dysfonctionne, coûte ou encombre,

→ et par des dépistages tels que radiographies (dont les résultats seront évidemment relativisés en fonction de la part d’hérédité et de la part environnementale et mis dans la balance globale), prises de sang si nécessaire (l’insuffisance pancréatique et les MICI se diagnostiquent ainsi) et des tests génétiques pour les pathologies héréditaires qui disposent d’un test. Citons la myélopathie dégénérative et la sensibilité médicamenteuse dont la recherche n’est absolument pas exigée pour les cotations malgré leur gravité mais à laquelle nous soumettons TOUS NOS FUTURS PARENTS ! 

Le prix de 2 engagements en expo = 1 test génétique pour la myélopathie

Le prix d’1 saillie payante = des tests génétiques pour la sensibilité médicamenteuse et la myélopathie pour au moins 3 reproducteurs et pourtant l’immense majorité n’est pas testée

Cherchez l’erreur !

 

 

et enfin 4/ l’adéquation du mariage entre le futur père et la future mère et leur compatibilité et complémentarité génétique, ce qui revient à dire en d’autres termes que nous cherchons à faire naître des chiots qui seront à l’image de leurs parents sur le plan physique, des comportements et de la santé après avoir étudier leur lignée respective sur le plan phénotypique pour y repérer ce qui les caractérise, avoir évaluer les chances – quand elles nous intéressent – et les risques – quand elles ne nous intéressent pas – de les retrouver chez nos bébés tout ceci évidemment passant par la vérification de filiation, c’est à dire l’assurance que les ascendants déclarés sont bien les ascendants réels.

Tout ceci nous donne en résumé sur le papier :

un futur père OK du point de vue des acquéreurs des chiots sur le plan du physique, des comportements et de la santé, né de parents OK (quand on a accès aux données)

une future mère OK toujours du point de vue des acquéreurs des chiots sur le plan du physique, des comportements et de la santé, née de parents OK (et là on a davantage accès aux données quand on travaille sur ses propres lignées maternelles)

un mariage prometteur encore du point de vue des acquéreurs des chiots sur le plan du physique, des comportements et de la santé


Et ce n’est pas tout

 

Un chien beau, agréable à vivre et en bonne santé ne devient pas pour autant un reproducteur. Encore faut-il qu’il en montre le désir et y parvienne sans que nous ayons beaucoup à intervenir (sauf pour le choix des prétendants afin d’éviter la consanguinité sauvage).

Dans le même ordre d’idée, nos mamans ne sont assistées que si c’est indispensable pour elles ou pour leurs bébés et cela donne toujours lieu à une remise en question de leur avenir en tant que maman, remise en question qui sera également faite si un soucis de santé apparaît chez un des bébés.

Curieusement en plus de 20 ans d’élevage de sélection nous comptons les césariennes sur les doigts d’une seule main et avons un taux de mortalité à la naissance proche de 0%.

Ces qualités ne sont absolument pas prises en compte non plus pour les cotations ; pire elles sont négligées et sont compensées par des saillies assistées, des inséminations, des césariennes, des mises-bas à coup de piqures d’ocytocine, des biberonnages, des sevrages précoces …


Nos critères de sélection ne se limitent donc pas à des tests d’aptitudes à l’utilisation, des épreuves de travail avec mordant, des qualificatifs excellent en expo surtout si ces qualificatifs vont de pair avec un modèle de berger allemand hyper-typé.

 

Nous allons beaucoup plus loin en termes de santé et dans une autre direction en termes de physique et de comportements

 

parce que pour nous, comme pour les familles qui viennent chez nous, le berger allemand avec lequel on veut vivre, ce n’est surement pas une de ces bêtes de concours au garrot vertigineux et au tempérament élitiste. Le berger allemand avec lequel on veut vivre c’est un chien normal, un complice d’activité, un compagnon rassurant par sa vigilance et apaisant par sa sérénité.

Cela donne un système de sélection propre au Val de la Petite Creuse dont le but est de contribuer au projet d’adoption et de partage d’une longue vie jalonnée principalement de moments de bonheur. Cela donne une “grille de cotation” interne pour chacun de nos futurs parents nous servant de référentiel lors des mariages afin de corriger d’éventuelles petites imperfections tout en préservant ce qui fait notre particularité :

 

avoir et faire naître des bergers allemands de bonne compagnie.


PS : Si notre regard sur le système actuel est devenu aussi critique ce n’est pas par esprit de contradiction ou simple désir de se démarquer mais parce nous considérons qu’il s’est fourvoyé dans la quête d’un modèle de chien qui ne correspond pas aux attentes, besoins et compétences ordinaires de ses acquéreurs.

Personnellement je ne veux pas que le berger allemand suive l’exemple du malinois, cette star du Ring et des groupes d’interventions, dont la représentativité dans les refuges doit absolument poser question et les bonnes si possible.


 

Merci pour cet article qui détaille vos objectifs de sélection, si seulement la SCC soutenait de tels objectifs… tant pis nous nous passerons d’elle puisqu’au final c’est nous qui sommes “au front” avec les retours de nos adoptants ! Notre société est une société du paraître et les relations avec nos chiens de concours y sont soumis plus que de raison, par ailleurs nos clubs de race sont bien timides dans la défense d’un patrimoine génétique que rien ne permet d’évaluer en profondeur.

Merci pour ce commentaire ; je vois que nous avons fait les mêmes constats et en avons tiré des conclusions identiques.

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