Education canine : juste milieu et humanité !

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Education canine : juste milieu et humanité !

Coup de gueule !

 

Parmi les préoccupations de tout propriétaire d’un chien, et notamment d’un Berger Allemand, outre la santé, il y a celle d’avoir un compagnon au comportement adapté.

 

Un comportement est adapté lorsqu’il permet de satisfaire le besoin l’ayant initié sans créer de préjudice grave telle qu’une douleur, une peur. Il s’agit là du point de vue du chien. C’est l’occasion de rappeler que tout comportement qui se reproduit est forcément un comportement adapté pour l’animal.

Du point de vue du maître, un comportement canin est adapté lorsqu’il est conforme aux attentes comportementales, c’est à dire lorsqu’il répond à certaines demandes claires ou totalement implicites ayant pour but de satisfaire les besoins humains.

 

Ce premier point de dissonance soulevé, tout propriétaire d’un berger allemand est face à de multiples devoirs qui l’obligent à donner une éducation à sa animal, une éducation qui devrait avoir pour projet la modification des comportements adaptés du point de vue du chien en comportements doublement adaptés (point de vue du chien + point de vue du maître) alors que la plupart du temps cette éducation a pour objectif de faire disparaître le point de vue du chien 🙁 .

 

L’obligation d’éducation est donc une réalité  car si un propriétaire a effectivement le devoir de prodiguer les soins et garantir les conditions de vie satisfaisant les besoins physiologiques et comportementaux (veiller au bien-être), il a aussi le devoir et la responsabilité à la fois juridique et morale (vis à vis des ses proches, ses voisins, la société en général) de s’assurer que son chien ne cause ni gène, ni nuisance.

 

Cette obligation de contrôle semble poser quelques difficultés à de nombreux propriétaires soit qu’elle se heurte à un certain idéalisme revendiquant la liberté d’être et de faire ce que bon/bienfaisant leur semble pour nos compagnons (à l’instar d’eux-mêmes), soit qu’elle les confronte à une problématique beaucoup plus personnelle en lien avec l’image qu’ils ont du rôle de parent/éducateur.

Pour ma part, je pense que la réalité ne manquera pas de rattraper ce doux rêve d’une harmonie s’installant naturellement et sans intervention faisant évidemment pour victime … l’animal et que l’éducation du chien n’est ni plus ni moins que la garantie de son intégration bénéfique et sécure pour tous.

 

A l’opposé de cette attitude et posant un certain nombre de problèmes d’un autre ordre, il est très fréquent, pour ne pas dire dramatiquement courant, de rencontrer des propriétaires en quête d’un contrôle absolu dépassant de loin les obligations légales et faisant, par le fait, totalement abstraction de certains besoins fondamentaux ainsi que de l’état émotionnel des chiens.

Parmi ces propriétaires partageant tous la quête d’une obéissance inconditionnelle et donc un besoin de pouvoir indéniable une majorité est (encore) adepte de la force tandis qu’une minorité grandissante s’emploie à obtenir un résultat similaire – la soumission et l’allégeance – par la voie de méthodes « positives » par soucis d’image.

Souvent érigée en bienveillance (c’est pour leur « bien »), ce faux-semblant d’amour est en réalité totalement dénué d’altruisme et réduit l’animal à l’état de faire-valoir. Ce sont généralement chez ces personnes que l’on recense les éducateurs canins adeptes de résultats visibles et mesurables par le biais d’exercices (parfois contre-nature) parfaitement exécutés.

 

A mon sens l’éducation canine « éthique » se situe quelque part à la croisée de tous ces mouvements de pensée, en un lieu variable selon les circonstances, les besoins prioritaires de l’instant et les ressources de chacun, un endroit fait de concessions, de remises en question, de mesure et donc de recul, de réflexion notamment à propos des notions de propriété, d’autorité et de plaisir.

Trop nombreux sont les chiens qui souffrent de leur éducation même bienveillante et ne se prêtent pas au jeu de l’échange de bons procédés juste parce que l’éducation est à sens unique, sans feedback sur la maître ou qu’elle n’apporte en termes de satisfactions que des substituts sans saveur.

Nombreux sont ceux qui n’ont comme alternative que de s’exécuter sous l’emprise de la crainte de représailles ou l’attraction démesurée pour une récompense leur faisant perdre toute capacité d’analyse et d’écoute de leurs propres besoins. L’opportunisme que l’on prête aux chiens ne se résume pas à éviter la punition ou à obtenir une friandise ! S’inscrire dans une saine relation est bien plus important !

 

Au fil de mes expériences de l’éducation canine, je crois avoir croisé des représentants d’à peu près tous les courants. Des adeptes de la théorie de la dominance aux animalistes les plus fervents en passant par des maîtres en conditionnement. Ce que j’ai pu constater comme résultat sur le bien-être de leur chien et sur le lien a été riche en enseignements et a profondément modifié l’approche éducative que nous avons au sein de notre famille et que nous encourageons nos clients à avoir.

 


Si la finalité de l’éducation est le bien vivre ensemble, il me semble équitable que l’agrément profite à tous !


 

Cela exclut donc toutes méthodes occasionnant des souffrances physiques et psychologiques. C’est un point essentiel si on envisage de créer et d’entretenir une relation amicale et collaborative.

Cela n’interdit ni l’expression de la désapprobation ni la mise en place de limites mais cela repose sur des fondements auxquels il est indispensable de se référer en permanence pour adapter sa pédagogie et contrôler ses éventuelles réactions face à l’échec :

 

• le chien n’est ni une sous-espèce ni un envahisseur en quête de privilèges et d’asservissement de l’humain ; il faudrait en finir une bonne fois pour toutes avec cette peur viscérale de se faire manger par le loup au sens propre comme au sens figuré !

• le chien est un animal vulnérable dans bien des situations et dépendant affectivement et matériellement parlant ; l’eau, l’alimentation, le couchage et les soins ne doivent pas être conditionnels à son travail ou à son obéissance, c’est de l’abus de pouvoir !

• le chien est un être d’émotions comme nous ; en matière d’éducation je prône l’anthropomorphisme pour une fois !

 

Cela exclut toutes tentatives d’élimination des besoins comportementaux.

La négation de la nature même du chien et les frustrations qui en découlent sont à ce jour à l’origine de l’essentiel des désordres de la relation chien/humain.

Admettre que le berger allemand a ses propres sources de plaisir, est animé par des « motivations » internes  qui lui appartiennent et requièrent d’être assouvies, qu’il dispose d’un arsenal d’outils – fruits de la sélection humaine qui plus est – qui ne souffre pas d’être négligé, occulté ne signifie pas qu’on est condamné à lui procurer en priorité et sans restrictions matière à se satisfaire mais au contraire que le respect de ces besoins là est non seulement de nature à créer les conditions propices à l’interaction mais s’avère également un véritable allié de l’éducation.

 

→ le besoin d’activité physique et cognitive se compte en heures au pluriel sur une journée ; à défaut de possibilité de le satisfaire par la pratique de balades extérieures permettant de mobiliser et de dépenser son énergie, d’analyser et de répertorier des messages auditifs, olfactifs, visuels, d’élaborer et d’expérimenter des stratégies, de s’essayer aux exercices de quête, poursuite, saisie … il reste au chien les seules activités compensatoires que sont les aboiements et les rognages !

→ le besoin de contacts sociaux est le propre des espèces grégaires ; la privation de possibilités de communication et d’échanges avec ses congénères constitue un acte de maltraitance. Quant à la réduction des interactions avec l’humain au strict minimum (distribution de la nourriture + sortie hygiénique) c’est à se demander pourquoi avoir adopté un chien ? un système d’alarme eut été moins exigeant !

→ le besoin de se voir confier un rôle, une mission dans lesquels il sera valorisé est au chien ce que le sentiment d’utilité est à l’humain. C’est une interprétation totalement personnelle de l’origine de la joie, de la motivation et de l’implication dont font preuve ces bergers allemands dévolus à des tâches d’apparence peu gratifiantes mais une interprétation assumée.

 

Cela inclut par contre l’acceptation de notre condition d’humain en prise avec ses propres besoins de compagnie, avec ses états d’âmes même profondément dissimulés.

De la même façon qu’il devient urgent de cesser de prêter des velléités de prises de pouvoir aux chiens, il devient urgent d’admettre que la « domestication » de Canis Lupus  a dépassé le stade du commensalisme le jour où les bienfaits réciproques ont dépassé le stade sécuritaire et alimentaire.

Chiens et humains se sont trouvés, malgré leurs différences, formant un presque couple que d’aucun regarde d’un œil critique comme s’il s’agissait d’une perversion.

Ce type de jugement est absent du règne animal comme en témoigne de nombreuses images de relations interspécifiques intimes.

Pourtant il semble honteux de parler d’amour, d’amitié entre eux et nous et de souhaiter que cela perdure. Certes les relations affectives ne sont pas ce qui se fait de plus simples à nourrir et dans le cadre de l’éducation canine elles impactent considérablement le projet mais si une bonne fois pour toute si on voulait bien arrêter d’avoir la rudesse d’un maître d’école du siècle dernier, l’exigence d’un instructeur de l’armée, la froideur et l’intransigeance d’une porte de prison … au profit d’une ferme douceur, d’encouragements (de beaucoup d’encouragements), d’optimisme, et d’une fierté communicative tel un « parent » qui voit grandir (dans tous les sens du terme) son « enfant » on aurait TOUT et TOUS à y gagner et les extrémistes des tous bords, dresseurs de fauves, moralisateurs ou dealers de saucisses, pourraient aller se rhabiller !


 

 

 

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