Hiérarchie, dominance : le vrai du faux

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Hiérarchie, dominance : le vrai du faux

Positionnement et règles de vie

 

Le chien est un animal social comme l’est l’humain. En tant qu’animal social il s’organise et fonctionne selon des règles propres à son espèce qu’il convient de connaître et de respecter pour éviter les erreurs de positionnement à l’origine de tant de conflits.

Si le chien est capable de s’adapter à un un fonctionnement différent de celui qu’il a pu expérimenter dès son plus jeune âge avec ses frères et soeurs, sa mère, ses éventuels autres modèles canins, force est de constater que l’humain, lui, a toutes les peines du monde à se projeter dans une relation qui ne soit pas basée sur les rapports de force et la hiérarchie.

C’est ainsi que l’on en arrive à des incompréhensions totales et des interprétations erronées sur le sens et le but des comportements de celui qu’on a fait entrer dans sa famille.

Nous allons donc ici essayer de démêler le vrai du faux en matière de hiérarchie et de dominance. Hiérarchie et dominance sont les deux concepts qui sont aujourd’hui responsables de la majorité des cas de maltraitance active et passive. Nous allons également vous expliquer comment se mettent en place les relations humain/chien, en vertu de quells besoins et sur quels fondements.

 

Qu’est ce que la dominance ?

 

Commençons par définir ce concept simple.

La dominance est l’exercice d’une influence ou d’une action prépondérante qui aboutit à un résultat en faveur de celui qui exerce cette influence ou cette action.

En éthologie la dominance désigne toute différenciation stable des attitudes interindividuelles qui s’est formée à la suite d’un combat, parfois réduit à ses phases initiales.

 

→ La dominance caractérise une interaction sociale mettant en jeu au minimum deux individus. Ce n’est pas un trait de caractère ! 

→ La dominance aboutit à un résultat : l’arrêt volontaire de part et d’autre du combat avec acceptation de la perte pour le perdant et appropriation du gain pour le gagnant.

Un chien peut il faire preuve de dominance ?

La réponse est OUI !

Dès le départ nous coupons court à toute tergiversations à ce sujet. Le chien peut parfaitement exercer une dominance sur un autre chien s’ils se trouvent en situation de rivalité à un instant T.

 

Est-il pour autant un dominant ?

La réponse est NON !

Etre un dominant supposerait qu’il sorte toujours gagnant, et ses rivaux toujours perdants, de n’importe quelle situation conflictuelle Cela supposerait sinon qu’il soit gagnant par principe, d’avance. Or le chien n’agit qu’en fonction de ses besoins (motivations) et de ses moyens à un instant T. Et tout est remis en question à l’instant suivant. Si prémisse de combat ou combat il y a, perdre/abandonner ou gagner ne perdure pas dans le temps, ne devient pas l’issue du prochain combat. Enfin le chien ne gagne pas un rang et encore moins ses prochains combats en même temps qu’il gagne une ressource.

 

Qu’est ce que la hiérarchie ?

 

La hiérarchie est ce qui pose le plus de problème en matière de relationnel humain/chien, bien plus que le concept de dominance puisque ce dernier est simple et quasi universel quand il y a rivalité pour une ressource. D’ailleurs il peut s’appliquer entre deux individus d’espèces différentes s’il y a eu socialisation. Cela revient à dire qu’un chien peut faire preuve de la dominance sur un humain si ces deux là entrent en conflit pour une ressource , vont jusqu’à l’affrontement et que le chien sort vainqueur de l’affrontement. Il faut être un humain bien mal inspiré que de chercher à faire preuve de dominance sur un chien. Le combat est perdu d’avance à mains nues.

 

Pour en revenir à la hiérarchie : C’est une organisation sociale fondée sur des rapports de subordination selon les pouvoirs et la situation de chacun.

Les mots importants sont : organisation, rapports de subordination, pouvoir, situation

Le modèle hiérarchique qualifie donc un mode de fonctionnement social au sein d’une organisation. Elle joue un rôle régulateur et différenciateur, dans l’équilibre d’une population. Son établissement met fin aux attaques à l’intérieur du groupe. D’un point de vue darwinien, elle représente, dans une situation de concurrence, une stratégie sociale pour régler des relations de rivalité qui soit moins coûteuse que la persistance d’une forte agressivité interindividuelle.

 

→ La hiérarchie est une manière d’éviter les affrontements en décidant d’avance qui a droit à quoi, avant ou après qui. 

Le “d’avance” est juste inconcevable pour le chien qui cherche à satisfaire ses besoins dans l’instant présent.

 

Premier point important : Nul part il n’est dit que c’est le seul mode de fonctionnement social.

Et pour cause, il existe de nombreux autres modes de fonctionnement social non hiérarchisés : le modèle familial (normalement), le modèle scolaire (normalement), le modèle anarchique, le modèle communautaire par exemple.

Il existe également d’autres modes de fonctionnement entre individus très fréquents dans la Nature : le commensalisme et la symbiose. Nous allons revenir sur le commensalisme plus loin car c’est avec la symbiose les seuls modes de fonctionnement possibles entre espèces différentes qui ne soient pas du parasitisme. On ne peut pas parler d’organisation sociale mais il s’agit tout de même d’organisation.

Parenthèse à propos du modèle hiérarchique que l’on peut appeler aussi modèle de dominance sociale. Ils s’appuient sur l’autorité. L’autorité peut prendre plusieurs formes : l’autorité de pouvoir, l’autorité de positionnement et l’autorité de compétences. Le modèle hiérarchique exploite surtout l’autorité de positionnement et l’autorité de pouvoir. L’autorité de compétences tend à bousculer l’ordre établi. Or le modèle hiérarchique cherche à être stable. C’est en grande partie ce qui explique pourquoi le chien ne peut s’adapter à une organisation fondée sur le positionnement et le pouvoir puisqu’il ne semble reconnaitre que l’autorité de compétences.

 

Deuxième point important : la hiérarchie caractérise ce qui s’apparente à une organisation sociale. Cela ne concerne pas l’organisation entre espèces qui n’a rien de sociale (social suppose communication produisant un effet sur les points de vue ou comportements des communicants). Il n’y a donc pas de hiérarchie entre espèces.

 

L’organisation sociale chez l’humain

 

Chez l’humain, comme d’ailleurs chez certains autres primates, on tend à s’organiser socialement selon le modèle hiérarchique c’est à dire en fonction du pouvoir et du positionnement que confère ce pouvoir aux individus.

Le premier modèle d’organisation sociale que rencontre le petit humain est le modèle familial. Ce modèle est normalement fondé sur l’autorité de compétences et n’est pas censé être hiérarchique : les parents sont seuls en mesure de protéger et de soigner l’enfant. Ils ont une meilleure connaissance de l’environnement et disposent de meilleurs moyens. Ils ont un rôle sécuritaire, nourricier et pédagogique.

Cependant, parfois, le petit humain est immergé dès le départ dans une organisation hiérarchique quand la famille fonctionne selon ce modèle avec des parents qui s’attribuent le statut de chef de famille en vertu de leur position en plus de leur rôle. Le système scolaire n’est pas en reste ensuite. Il n’est pas rare que des enseignants se positionnent comme supérieur pour faire régner l’ordre en plus de leur rôle de pédagogue.  Cela rend d’autant plus difficile une autre façon de concevoir l’organisation sociale chez l’enfant, l’adolescent ou le jeune adulte. Plus tard d’ailleurs, l’humain n’aura plus le choix puisque les organisations professionnelles sont presque toujours des organisation sociales hiérarchiques.

Petite critique en passant du modèle hiérarchique : ce modèle bien que régulateur attise la convoitise et la quête du statut de dominant/chef. Il fait de la différence son fondement avec les dérives sectaires que cela induit en tous cas chez l’humain. Le modèle hiérarchique a pour garde-fou le sentiment d’injustice et le besoin de reconnaissance et de respect. Ces sentiments appartiennent à la cognition développée dite également supérieure. A noter d’ailleurs que le chien possède aussi une cognition développée qui lui confère un esprit critique et le rend sensible au sentiment d’injustice. Esprit critique et rejet de l’injustice amènent certains humains à quitter ce type d’organisations pour créer des sociétés sans hiérarchie établie.

 

L’organisation sociale chez le chien

 

En vérité, on ne sait pas grand chose des sociétés canines. Les formes d’organisation sociale des chiens sont multiples. Selon leur appartenance ou non à des humains, leur mode de vie, leur niche écologique, les chiens adoptent des modèles d’organisation et de fonctionnement différents, voir pas de modèles.

 

Cependant on sait deux choses :

1/ Les chiens organisés socialement ne le sont pas sur le même modèle que leurs lointains cousins les loups qui tendent eux à vivre en famille, du moins en ce qui concerne les petites meutes et en présence de petits. Les parents ont un rôle sécuritaire, nourricier et pédagogique et font autorité sur ces compétences.

2/ Les chiens organisés en groupes sociaux ne le sont JAMAIS selon le modèle hiérarchique.

 

Au contraire, hors intervention humaine, les organisations sociales des chiens libres ont plutôt tendance à l’être sur le modèle communautaire (partage de territoire) pouvant être collaboratif à certaines occasions (chasse, protection des petits) et totalement non collaboratif à d’autres occasions (partage de certaines ressources).

Il n’y a jamais de hiérarchie établie avec un ou plusieurs dominants/chefs au sens statutaire. Par contre les interactions se soldant par la dominance d’un individu sur un autre sont fréquentes, voire systématiques lorsque des ressources sont en jeu. En dehors du modèle communautaire, c’est le modèle familial qui prévaut durant la phase d’élevage des petits avec comme particularité d’être de type matriarcal puisque le père est absent de l’équation. Chez le loup le modèle familial est de type parental avec participation du père à l’élevage des petits.

 

Cas particulier du chien appartenant à des humains

Le chien appartenant à des humains a la particularité de se voir imposer un territoire et d’avoir une sexualité controlée par l’humain (sauf quand il se libère de ce contrôle) en contre partie de quoi il bénéficie d’un accès à des ressources de façon beaucoup plus sécuritaire. Cette appartenance l’oblige à essayer de s’adapter et de s’intégrer au sein de l’organisation sociale humaine ce qui pose plusieurs problèmes.

L’organisation sociale à laquelle le chien est contraint de s’adapter ne répond pas aux critères d’une organisation communautaire. Le chien n’est pas libre de jouir du territoire, encore moins d’agir en fonction de ses besoins propres. En outre cette organisation sociale comporte de nombreuses règles très différentes des règles de vie entres chiens fondées sur le positionnement (humain = chef), avec des interdits contre-nature et incompréhensibles pour le chien comme l’interdit de faire preuve de dominance sur l’humain en cas de rivalité pour une ressource.

Cette organisation sociale répond plutôt aux critères d’une organisation familiale. L’humain veille sur la sécurité, l’accès à la nourriture. Il enseigne des règles de vie, fixe quelques limites et encourage parallèlement à s’adapter à l’ environnement et à développer des compétences. Or l’organisation familiale est vouée par nature à être remplacée. Beaucoup de difficultés relationnelles semblent être liées à ce passage du modèle familial à un autre modèle plus adapté quand le rôle parental n’a plus lieu d’être.

Le nouveau modèle doit satisfaire le chien qui semble aspirer à un modèle plutôt communautaire. Mais il doit aussi satisfaire l’humain qui semble lui aspirer à un modèle plutôt hiérarchique dans lequel il se placerait évidemment au sommet.

Deux espèces différentes aspirant à deux modèles de vie en société différents.

 

 

Vivre en harmonie ensemble quand on n’appartient pas à la même espèce

 

Comme nous l’avons évoqué il n’existe normalement que trois façons de fonctionner quand on n’appartient pas à la même espèce :

Le parasitisme qui consiste à vivre au détriment de l’autre. La prédation est une forme de parasitisme.

La symbiose qui consiste à vivre aux cotés de l’autre en tirant mutuellement bénéfice de cette cohabitation au point d’être indispensable à l’autre et réciproquement.

Le commensalisme qui consiste à vivre aux cotés de l’autre en tirant un bénéfice de cette cohabitation mais sans nuire à l’autre.

 

Exemple de commensalisme

 

Le commensalisme est ce qui explique la domestication du chien à ce jour. Il est admis que l’ancêtre commun du loup et du chien modernes, s’est volontairement rapproché de nos ancêtres pour la facilité qu’offrait la consommation de ses restes d’aliments comparée à la seule chasse pour se nourrir. Ce rapprochement s’est ensuite transformé en une forme de symbiose, une inter-dépendance, offrant également à nos ancêtres des avantages en matière de protection … et de compagnie.

Il est probable que la grégarité et la socialité des deux espèces se soient rencontrées. Le commensalisme ou cette forme de symbiose ne pouvait donc suffire. Cet ancêtre commun au loup et au chien modernes s’est alors vu domestiqué comme se sont vues domestiquées toutes les espèces offrant des avantages en termes de survie à nos ancêtres humains.

 

Du commensalisme à l’organisation interspécifique

 

Rôles de l’attachement et de la socialisation

On ne peut pas aborder l’organisation sociale sans aborder le rôle de l’attachement et de la socialisation.

L’attachement réciproque est à la base de toute relation dépassant le stade de la cohabitation. Et seule une relation produisant plus de bénéfices que d’inconvénients peut déboucher sur une véritable organisation structurée et stable. On retrouve l’attachement chez de nombreuses espèces dont les mammifères.

L’attachement réciproque est ce qui relie la mère et son petit lui permettant à elle de prendre soin de lui et lui permettant à lui de se développer et de s’adapter dans cet environnement nourricier et sécuritaire. C’est ensuite ce qui relie le jeune à un groupe élargi, sa famille, pour poursuivre son développement et son adaptation en contre-partie de quoi cette famille prend soin de lui. L’attachement est à la base du suivi naturel qui deviendra coopération par la suite.

La socialisation est ce qui permet de s’identifier à son espèce, de s’en imprégner de façon indélébile afin de savoir ce que l’on est et ce que l’on est pas. Cette socialisation, appelée imprégnation, commence à la naissance et dure un certain nombre de jours, de semaines, de mois selon le rythme d’apprentissage propre à chaque espèce. Chez le chien elle dure en moyenne 12 semaines. A la naissance le chiot et le bébé ne savent pas qu’ils appartiennent à l’espèce canine et l’espèce humaine.

La socialisation permet en outre de faire taire toutes velléités de prédation vis à vis de son espèce. Elle limite les agressions interindividuelles aux strictes situations de rivalité pour une ressource et modère la combativité lors de ces situations de rivalité afin de ne pas engendrer la mort de l’un des rivaux.

La socialisation passe par l’acquisition de codes permettant de communiquer. La communication permet d’entrer en interaction et de négocier grâce à l’échange des points de vue et des intentions. La communication permet donc de retarder l’affrontement, de le modérer, de l’éviter et d’y mettre un terme lorsqu’il y a rivalité pour une ressource.

Attachement et socialisation donnent naissance à une relation apaisée et sécuritaire entre individus. Et il y a chez le chien et l’humain des similitudes indéniables en termes de capacités et de besoins relationnels.

 

Socialisation interspécifique

La socialisation interspécifique consiste à se socialiser à une autre espèce. C’est forcément une socialisation secondaire comparée à la socialisation primaire, l’imprégnation. La socialisation secondaire n’est pas définitive et irréversible. Cela dit la socialisation interspécifique, même si elle est secondaire, reste active tant qu’elle est entretenue.

En matière de socialisation interspécifique il n’est pas question de s’identifier. On ne s’identifie qu’une fois. Il est par contre question d’apprendre à communiquer afin de retarder, modérer, éviter et mettre un terme aux affrontements en situation de rivalité. Il est également question de faire taire les velléités de prédation vis à vis de l’espèce à laquelle on se socialise et d’étiqueter cette espèce comme espèce amie. Cette socialisation repose sur l’attachement et doit se produire durant la période de socialisation. Au delà on parle plutôt de familiarisation.

Le chien ne grandit pas – normalement – dans un environnement sans humains. Il est rapidement manipulé, soigné par l’humain en complément des soins que lui prodigue sa mère. Cela lui permet de se socialiser à l’espèce humaine, de l’étiqueter comme espèce amie, et même espèce amie privilégiée, si tant est que l’espèce humaine lui procure ce qui créé l’attachement : sécurité, nourriture, interactions pédagogiques …

Le chiot apprend à ces occasions comment communique l’humain sachant que la communication non verbale humaine est très proche de celle des chiens donc c’est relativement facile. Cela l’est beaucoup moins dans l’autre sens car l’humain n’est pas un apprenant du langage canin très investi. On verra plus tard combien cette lacune est à la base d’incompréhensions.

Correctement socialisé, le chien est capable de nouer une relation avec l’humain. Qui dit relation dit début d’organisation sociale. La boucle est bouclée.

 

De la relation interspécifique à l’organisation interspécifique

Attachement et socialisation entre humains et chiens ont transformé le commensalisme originel en véritable relation interspécifique globalement apaisée, sécuritaire, produisant plus de bénéfices que d’inconvénients et durable à l’échelle d’un humain et d’un chien. Mais surtout cette relation est devenue modélisable et reproductible par les générations suivantes.

Qui dit relation, dit début d’organisation comme nous l’avons évoqué plus haut. La durabilité en matière de fréquentation nécessite une organisation. Or humains et chiens se sont inscrits dans une relation durable. Une organisation fait gagner du temps sur le plan relationnel. Elle permet d’éviter de reprendre à zéro lors de chaque interaction. Qui es tu ? Que puis-je faire pour toi ? Que peux-tu faire pour moi ? Que peut-on faire ensemble ou ne pas faire ? etc.

Si on est loin du commensalisme on est également loin d’une organisation sociale égalitaire en droits quand la vision hiérarchique humaine vient s’immiscer dans l’organisation.

Cela nous amène à aborder le problème de la vision humaine en matière de comportements canins.

 

 

Les comportements du chien interprétés comme l’expression d’un caractère dominant

 

En matière d’interprétation des comportements canins, les croyances sont légion. Cela s’explique par le manque de connaissances et la tendance à interpréter selon ses références.

Concernant les connaissances, l’étude des comportements canins est relativement récente. En outre elle est fondée sur l’étude des comportements du loup. L’étude du comportement des loups a commencé par l’étude des comportements du loup en captivité. Or la captivité modifie totalement l’expression des comportements puisque les besoins sont différents. La captivité exacerbe également l’agressivité.

Le concept de mâle et femelle alpha est né de cette observation de loups en captivité. C’était tellement plus simple de concevoir l’organisation sociale des loups comme ça. Le loup étant cousin du chien, la transposition a été rapide (simplification N° 2) et s’est répandue telle une trainée de poudre dans l’esprit des tous les propriétaires, éducateurs, vétérinaires pour devenir ce qui est encore prôné aujourd’hui : il existe des chiens dominants et des chiens soumis.

 

C’est FAUX. Il n’existe pas de chiens dominants et de chiens soumis. Il existe des chiens faisant preuve de dominance ou faisant preuve de soumission à l’issue d’une interaction sociale de type rivalité ayant pour objectif l’obtention ou la protection d’une ressource*

 

Une ressource n’est pas uniquement un os ou un jouet. On qualifie de ressource tout ce qui procure la satisfaction d’un besoin. La nourriture et la boisson sont évidemment des ressources mais également les jouets, les lieux de couchage, le territoire et par extension le maître en tant que pourvoyeur essentiel des ressources. La rivalité pour une ressource peut donc s’exprimer lors de très nombreuses occasions. Le partenaire sexuel est d’ailleurs aussi une possible ressource en période de reproduction et sa vie est la ressource avec un grand R pour le chien lui même.

 

Concernant la tendance à interpréter selon ses références, l’humain est maître en matière d’interprétation selon ses modèles. Or le modèle d’organisation sociale privilégié de l’humain est … la hiérarchie !

Tout comportement canin est donc expliqué comme ayant pour but de se positionner ou de se hisser dans la hiérarchie. Si cela est vrai pour l’humain, ce n’est pas vrai pour le chien.

Les comportements canins n’ont pas pour but de se positionner ou de se hisser dans la hiérarchie puisque le chien ne peut pas fonctionner selon le modèle hiérarchique (= répartition des ressources selon la position à l’avance). Ils ont pour but de satisfaire un besoin dans l’instant présent.

 

Si on met de coté cette “coloration” pour ne s’intéresser qu’aux besoins, on s’aperçoit très vite que chaque comportement canin a une fonction physiologique, sécuritaire, sociale, cognitive et/ou hédoniste. C’est d’ailleurs également le cas pour l’humain au delà de sa quête de pouvoir et de positionnement.

 

Les fonctions physiologiques

Elles regroupent toutes les fonctions permettant la survie et le retour à l’homéostasie. Il s’agit des comportements alimentaires, y compris l’épanchement de la soif, les comportements d’élimination, les comportements de dépenses énergétiques et de repos ainsi que les comportements de reproduction.

Les comportements de prédation entrent dans les fonctions physiologiques même si leur objectif n’est plus alimentaire. Le mécanisme de mise en place et de renforcement de la séquence de prédation est particulièrement complexe. Cela dit il était tellement vital pour un prédateur d’apprendre à chasser, d’être ultra motivé et engagé dans cette activité, de ne pas se décourager face à l’échec que ce comportement a aussi les autres fonctions. Ainsi on retrouve la prédation dans les fonctions sociales (partager une activité de chasse resserre les liens), dans les fonctions cognitives (améliorer ses compétences en matière de chasse) et dans les fonctions hédonistes. Quêter, traquer, tuer réellement ou symboliquement, rapporter, enterrer … procure du plaisir, s’auto-récompense.

 

Les fonctions sécuritaires

Elles regroupent toutes les fonctions permettant de se maintenir en vie en situation de rivalité pour une ressource (voir plus haut) ou en situation de proie. Il s’agit des comportements rassemblés dans la catégorie des 3 F (Freeze = immobilisation par sidération, Fight = combat, Fligth = fuite). Par extension ces fonctions concernent également le maintien en vie de sa descendance et des ses êtres d’attachement. Il s’agit également des comportements exploratoires de l’environnement, de surveillance, d’alerte et d’appel à l’aide qui s’appuient sur la socialité en ce qui concerne ces deux derniers.

 

Les fonctions sociales

Elles regroupent toutes les fonctions permettant d’interagir avec un autre, d’apprendre à se connaître afin de savoir à qui on a à faire, de communiquer, de tisser des liens, d’obtenir de l’aide si besoin. Il s’agit des comportements d’observation, d’analyse, d’expression de son état émotionnel et de ses intentions, “d’écoute” de l’état émotionnel de l’autre et de ses intentions, d’échange d’informations. A ces comportements s’ajoutent, comme moyen de tisser des liens, des comportements de jeu, d’épouillage respectif, de partage de ressources, de réconfort tous plus ou moins dérivés des comportements maternels.

 

Les fonctions cognitives

Elles regroupent toutes les fonctions permettant de s’adapter efficacement à l’environnement et de développer ses connaissances et compétences. Il s’agit des comportements d’observation et d’évaluation de l’environnement en général (lieu, objets, autres individus toutes espèces confondues), des comportements de classification (étiquetage danger, neutre, amical, proie). Il s’agit également des comportements de résolution de problème, d’élaboration de stratégie, de choix entre deux ou plusieurs possibilités (voir article sur l’empowerment) et probablement bien plus encore qui n’a pas été mis en évidence.

 

Les fonctions hédonistes

Elles regroupent toutes les fonctions procurant bien-être et plaisir donc globalement elles regroupent TOUTES les fonctions puisque toutes ont pour but de diminuer ou supprimer le mal-être et procurent du plaisir au sens neuro-biologique. En effet dès qu’une fonction est vitale elle s’appuie sur la libération de dopamine dans le cerveau.

 

Ce que le chien fait et pourquoi

 

Nous allons maintenant vous donner plusieurs exemples et les expliquer à la lumière de la fonction du comportement. Certains seront l’expression de la volonté d’une dominance (= sortir vainqueur de la situation de rivalité). Aucun ne sera l’expression de la volonté de prise de pouvoir ou de positionnement. Attention le concept de hiérarchie va en prendre un coup.

 

 

Mon chien monte sur le canapé/le lit

Le canapé ou le lit est un couchage que l’humain considère comme le sien propre. S’installer dans le couchage de l’humain est interprété comme l’expression d’une volonté de prendre la place de l’humain.

Or choisir un couchage confortable qui plus est avec l’odeur de son être d’attachement a potentiellement pour fonction :

une fonction physiologique = se reposer

une fonction sociale = rester proche symboliquement de son humain

une fonction cognitive = évaluer le meilleur endroit pour se reposer et mémoriser les conséquences positives de ce choix pour le reproduire ultérieurement en cas de besoin

une fonction hédoniste = s’installer dans un lieu confortable

et une fonction sécuritaire = s’installer dans un lieu de couchage rassurant par l’odeur de mon humain, en hauteur donc en meilleure situation d’observation de l’environnement, parfois hors de portée d’individus inquiétants ou dérangeants.

 

=> Interdire l’accès au canapé entrave ces fonctions. Sauf en leur permettant d’être assouvies autrement (offrir un couchage de valeur équivalente) cela n’a pas de sens pour le chien et c’est même contre-nature selon ses règles de vie. Seul un couchage occupé par une ressource à protéger (des petits par exemple) peut être interdit aux autres mais c’est alors l’approche de la ressource qui est interdit, pas le couchage.

 

Mon chien garde sa gamelle et grogne si quelqu’un s’approche

La gamelle est destinée à recevoir et mettre à disposition de la nourriture. Garder sa gamelle est interprété comme l’expression d’une volonté de se donner des droits et de les faire respecter par la force.

Or garder sa gamelle et grogner ont potentiellement pour fonction :

une fonction physiologique = se nourrir

une fonction sécuritaire = s’assurer assez de nourriture, protéger une ressource

une fonction cognitive = essayer une stratégie et apprendre quelle est la meilleure

une fonction sociale = communiquer son point de vue et ses intentions, en l’occurence l’intention d’en découdre et de sortir vainqueur de la situation de rivalité/de concurrence si quelqu’un ambitionne de lui voler sa nourriture. Cela peut déboucher sur la dominance du chien sur son rival s’il gagne ou conserve sa ressource.

une fonction hédoniste = faire diminuer le mal-être/stress que génère cette situation de rivalité et la peur de perdre l’accès à une ressource de forte valeur

=> Interdire ou punir le grognement est une aberration ! Le grognement est un signal de communication qui donne des informations sur la valeur accordé à l’objet et l’intention de le garder. Cela revient à interdire ou punir un signal d’alarme.

Si le chien ressent le besoin de garder sa gamelle c’est que la nourriture a une valeur haute. Soit il a très faim, soit il a eut très faim un jour, soit il a été confronté au vol de sa nourriture à plusieurs reprises comme c’est le cas lorsqu’on lui retire sa gamelle pour “l’habituer”. Sécuriser sa gamelle en lui donnant à manger au calme et sans concurrence est la meilleure idée à avoir. Et pour l’habituer et lui faire comprendre que l’humain ne représente aucun danger il est préférable de lui ajouter de la nourriture dans sa gamelle au fur et à mesure du repas. Ainsi il associera la présence humaine à l’accès aux ressources.

 

Mon chien fait mine de me mordre quand je le manipule

Oser menacer ou poser les dents sur son humain est interprété comme l’expression du refus de l’autorité humaine. C’est même généralement considéré comme l’expression d’une prise de pouvoir sur l’humain.

Or faire mine de mordre lors de manipulations a potentiellement pour fonction :

une fonction sécuritaire. Toute expression d’un comportement de combat (fight) a une fonction sécuritaire.

une fonction sociale = communiquer son état émotionnel et obtenir la non agression

une fonction cognitive = essayer une stratégie et apprendre laquelle fonctionne

une fonction hédoniste = réduire le mal-être occasionné par la peur.

 

=> Imposer une manipulation causant peur ou douleur déclenche un réflexe de défense légitime. Le lien qui unit le chien à son humain (sa socialisation doublé de son attachement) permet de retarder l’affrontement et de modérer son intensité ce qui se traduit par l’émission de signaux de communication graduels. Lorsqu’il arrive à faire mine de mordre c’est que les signaux précédents ont été sans effet sur l’humain. Celui-ci n’a pas pris conscience de l’état émotionnel dans lequel son chien était et/ou n’a pas tenu compte de sa demande de cesser son comportement douloureux ou effrayant. L’humain s’est positionné en agresseur. Il obtient un chien qui se défend.

 

Mon chien passe la porte avant moi et sans autorisation de ma part

Passer la porte dès qu’elle s’ouvre sans attendre d’y être autorisé est interprété comme un rejet de l’autorité humaine et comme une prise de pouvoir sur l’humain.

Or passer la porte dès qu’elle s’ouvre a pour fonction

une fonction physiologique : prendre l’air, dépenser son énergie, éliminer

une fonction sécuritaire : aller explorer l’environnement et s’assurer qu’il ne comporte pas de dangers

une fonction cognitive = tester ou utiliser une stratégie fonctionnelle, la mémoriser pour la reproduire ultérieurement en situation similaire (même besoin + mêmes circonstances)

une fonction hédoniste : réduire le mal-être lié à l’ennui et au confinement

une fonction sociale éventuellement : se préparer à une interaction plaisante ou joyeuse (jeux, promenade …) associée à l’ouverture de la porte et communiquer son état d’esprit positif à cette idée.

 

=> Disputer le chien ou l’empêcher de passer la porte entrave ces fonctions. Cela dit il peut être intéressant de lui enseigner à attendre une autorisation si la porte débouche sur l’espace public et créé un risque pour lui ou autrui. Si la sortie du chien s’accompagne d’une forte excitation, il faut s’interroger sur le mode de vie du chien. Ne génère t’il pas des frustrations importantes qui s’évacuent au moment de la sortie. L’excitation n’est pas compatible avec l’écoute de consignes. Encore une fois il n’est question ni de dominance, ni de hiérarchie mais juste d’un défaut d’éducation ou d’un état émotionnel intense difficile à gérer.

 

 

Mon chien n’obéit pas à mes ordres

Le manque d’obéissance est presque toujours interprété comme un rejet de l’autorité humain et une prise de position hiérarchique supérieure à l’humain.

Or l’écoute ou la non écoute sont soumis à :

la fonction physiologique = quelle priorité accorder à la demande face au besoin de manger, boire, éliminer, dépenser son trop plein d’énergie, se reposer, s’engager dans une activité liée à la reproduction ou à la prédation.

la fonction sécuritaire = quelle priorité accorder à la demande face au besoin de s’éloigner d’un danger, de faire fuir un danger, d’analyser l’environnement  etc.

la fonction sociale = quelle priorité accorder à la demande face au besoin de faire connaissance avec les autres chiens ou humains présents, de nouer une relation avec eux, de se faire des amis etc.

la fonction cognitive = quelle priorité accorder à la demande face au besoin de faire le meilleur choix pour soi

la fonction hédoniste = quelle priorité accorder à la demande face à ce qui procure du bien-être ou réduit le mal-être de son point de vue. C’est d’autant plus vrai que la consigne n’est pas comprise, qu’elle ne promet rien d’intéressant ou qu’elle s’accompagne de tensions nerveuse.

 

=> Hausser le ton, contraindre entravent ces fonctions et augmentent la nécessité de répondre à la fonction sécuritaire qui provoque des comportements appartenant à la catégorie des 3 F (voir plus haut). C’est la motivation à obéir qui pose problème. Pas la volonté d’exercer une dominance ou de rejeter l’autorité de l’humain. Si ce dernier ne fait pas autorité dans la situation c’est tout simplement parce qu’il n’a pas réussi à se rendre plus intéressant que l’environnement et ne propose pas au chien quelque chose de pertinent dans sa situation.

 

Mon chien a tué mon chat

Chasser et tuer le chat est interprété comme un irrespect des règles de non agression au sein de la famille. Il n’est pas rare que cela éveille une certaine peur de son chien si on s’identifie à la proie chassée et tuée.

Or chasser et tuer le chat ont potentiellement pour fonctions :

une fonction physiologique : dépenser son énergie, s’engager dans une activité liée à la prédation

une fonction cognitive : s’exercer, s’entraîner, parfaire ses stratégies, apprendre à faire les meilleurs choix et en plus … s’occuper la tête

une fonction hédoniste : éprouver du plaisir en quêtant, éprouver du plaisir en traquant, éprouver du plaisir en attrapant et en mordant, éprouver du plaisir en secouant indépendamment du fait que la cible soit le chat

 

=> Porter un regard accusateur, emprunt de jugement sur le chien qui chasse le chat, s’en débarrasser, le sanctionner violemment ne change pas les données du problème. Le problème est le bagage génétique du chien auquel peut s’ajouter une sensibilisation au chat, un mode de vie ne laissant pas de place à l’expression de ses pattern moteur, un mode de vie manquant d’activités et d’enrichissements, une absence de socialisation à l’espèce féline etc. etc.

 

En résumé et en conclusion

 

On pourrait ainsi décortiquer presque l’ensemble des comportements canins et prouver combien il n’ont rien à voir avec une volonté de devenir le chef de sa famille humaine. Tous ont des fonctions légitimes et normales pour un être vivant ayant des besoins propres à son espèce et cherchant à les satisfaire pour survivre, vivre et prendre un peu de plaisir dans l’existence.

La hiérarchie n’est pas la seule organisation sociale possible pour vivre en communauté. Même les humains ne se plaisent pas tous à vivre ensemble selon un modèle hiérarchique fondé sur le pouvoir et le positionnement. Certains leur préfèrent un modèle basé sur la cohabitation plus égalitaire, le partage des ressources, la coopération au besoin et la communication comme préalable à toute interaction. Cela tombe bien puisque c’est le modèle d’organisation sociale qui est adopté par certaines sociétés canines donc qui leur convient.

A l’âge où le chien est encore en phase d’apprentissage ou lorsque les circonstances le place en situation de vulnérabilité ou de dépendance, le modèle familial est parfaitement fonctionnel et naturel. Un chien suit naturellement son être d’attachement et s’inspire naturellement de son exemple surtout s’il s’agit d’acquérir des connaissances et des compétences qu’il n’a pas. L’humain fait un très bon professeur pour l’élève canin quand il ne se prend pas les pieds dans le tapis de la hiérarchie.

Quand à la dominance, elle n’apparaîtra qu’en situation de rivalité pour une ressource. Personnellement nous ne voyons pas ce qui peut placer un humain et un chien dans une telle situation de rivalité. Nous ne mangeons pas les mêmes choses et lorsque l’alimentation peut être commune, nous disposons d’assez de ressources pour les partager en partie. Nous n’avons pas d’intentions de nous reproduire avec les partenaires sexuels des chiens et en matière de territoire, nous disposons d’assez de lieux de repos possibles pour permettre au chien de choisir celui qui lui convient. Si nous cessons un peu de voir dans nos objets et dans les comportements des autres des symboles de pouvoir ou de positionnement, tout sera plus simple, plus fluide avec nos chiens. Prenons plutôt exemple sur eux. En matière de cohabitation harmonieuse, de résolution de conflits, de partage ils sont incroyablement doués.

La communication est ce qui a été inventé de mieux pour éviter d’en arriver “aux mains”. Apprenons donc la leur et faisons l’effort de nous mettre à leur écoute, de chercher à comprendre ce qu’ils “disent” sans faire de raccourci cognitif. Cela nous permettra de réellement veiller à leur sécurité, le fondement de l’attachement, et de ne pas nous retrouver involontairement/inconsciemment en situation de rivalité. Et si tant est qu’il y ait rivalité, entrons en négociation, acceptons de partager ou de leur abandonner une ressource ayant de la valeur pour eux. C’est ce que font les amis entre eux sans que cela ne change leur amitié en relation de pouvoir.

Reste la prise en compte des besoins canins. C’est un autre débat. Cependant le manque de possibilités de satisfaire ses besoins comportementaux est à ce jour ce qui fait le plus souffrir en silence nos chiens. Le comble pour un animal de compagnie est d’être la plupart du temps seul. Le comble pour un animal animé par des instincts totalement instrumentalisés par l’humain du temps où cela lui était utile est de n’avoir que très peu d’occasions de les exprimer.

Presque tous les troubles des comportements trouvent leur origine dans ces deux états de fait : isolement ou inadéquation entre type et temps d’activités nécessaires au chien et type et temps d’activités accordés par l’humain. Aucun ne les trouve dans un problème de hiérarchie. Et quand il s’agit d’un problème de dominance (= gagner la ressource, nous le répétons), c’est encore une fois parce que l’humain s’est placé tout seul dans la peau de l’agresseur ou du concurrent du chien pour des histoire de quête de pouvoir ou de positionnement mal venus.

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