Notion d’attachement

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Notion d’attachement

Dans la continuité de l’article sur l’écologie comportementale nous vous proposons un résumé de la théorie de l’attachement selon John Bowlby (1907-1990), un psychanalyste britannique ayant conceptualisé ce lien dans une perspective évolutionniste.

 

La théorie de l’attachement est née à la fin des années 50 de la rencontre entre la psychanalyse et l’éthologie puis s’est enrichie d’autres perspectives, notamment de la cybernétique et des sciences cognitives. L’attachement n’apparaît pas comme une caractéristique propre au nourrisson ni à la personne qui s’en occupe mais plutôt comme un modèle d’interaction affective et comportementale.


Apports de l’éthologie

 

En 1910, l’allemand Heinroth avait remarqué le phénomène par lequel un oisillon nidifuge prend, dans les heures suivant l’éclosion, l’empreinte des caractéristiques de sa mère.

 

L’autrichien Konrad Lorenz (1903-1989), élève de Heinroth et Prix Nobel de physiologie et de médecine en 1973, a travaillé sur les mécanismes mis en œuvre dans l’empreinte.  Il a montré que ce phénomène existait chez d’autres espèces, notamment les mammifères.

Les quatre propriétés distinctives que Lorenz attribue à l’empreinte sont :

1/ L’empreinte se produit seulement au cours d’une brève période critique du cycle de vie ;

2/ Elle est irréversible ;

3/ Il s’agit d’un apprentissage supra-individuel ;

4/ Elle influence les schèmes de comportement qui ne sont pas encore développés dans le répertoire de l’organisme, comme par exemple la sélection d’un partenaire sexuel.

 

experience.harlow

 

De son coté l’américain Harlow travaille, dans son laboratoire de l’Université du Wisconsin sur le comportement de jeunes macaques rhésus.

Après avoir séparé des bébés singe de leur mère, il tente différentes expériences en laissant dans chaque cage deux « substituts maternels » et observe que les petits singes passent davantage de temps auprès d’un mannequin revêtu de tissu éponge qu’auprès d’un mannequin métallique, indépendamment de l’apport de nourriture. Par ailleurs, après s’être rendus auprès d’un substitut maternel réconfortant, les bébés singes peuvent s’aventurer vers de nouveaux objets et les explorer.

Ces études soulignent le rôle essentiel du contact tactile (« réconfort du contact ») dans l’attachement du jeune rhésus à sa mère ou à sa « mère de remplacement » et dans la réduction de son appréhension vis à vis de la nouveauté.

 

C’est dans ce contexte que Bowlby, va proposer la théorie de l’attachement. Il s’oppose ainsi à la vision psychanalytique ayant cours jusqu’alors (théorie freudienne de l’étayage) basant la création des liens d’attachement sur la satisfaction des besoins oraux et physiques.


La théorie du comportement instinctif, base de la théorie de l’attachement

 

Cette théorie postule que le lien du petit à sa mère est le produit de l’activité d’un certain nombre de systèmes comportementaux qui ont pour résultat prévisible la proximité du petit par rapport à sa mère.

 

Un comportement se définit comme instinctif quand :

• Il se conforme à un schème (pattern) qui apparaît analogue et prévisible chez presque tous les membres d’une espèce (ou tous les membres d’un même sexe) ;

• Ce n’est pas une simple réponse à un stimulus mais c’est une séquence de comportement qui suit habituellement un cours prévisible ;

• Certaines de ses conséquences habituelles sont d’une utilité évidente puisqu’elles contribuent à la préservation d’un individu ou à la continuité d’une espèce ;

• Il en apparaît de nombreux exemples même quand toutes les occasions d’apprentissage habituelles sont restreintes ou même absentes.

 

Le comportement d’attachement a ainsi pour fonction la protection à l’égard des prédateurs. C’est aussi l’occasion d’apprendre de la mère des activités variées nécessaires à sa survie. Ce système comportemental a pour but premier et principal la régulation de la sécurité et la survie de l’enfant, dans une perspective évolutionniste d’adaptation.

 

En 1969, BOWLBY distingue quatre phases dans le développement de l’attachement:

• Première phase : l’orientation et les signaux sans discrimination de figure

• Deuxième phase : l’orientation et les signaux dirigés vers une figure discriminée

• Troisième phase : le maintien de la proximité avec une figure discriminée au moyen de la locomotion aussi bien que des signaux

• Quatrième phase : la formation d’une association rectifiée quant au but  L’enfant apprend à élaborer des stratégies qui tiennent compte des buts assignés de l’adulte et tente de les influencer. Il acquiert une compréhension des intentions de l’autre. Une interaction complexe se développe que Bowlby a appelé partenariat.

 

L’attachement sous-entend des soins

Le système de comportements de soins est un sous-ensemble des comportements parentaux, conçus pour amener du réconfort à un enfant en danger réel ou potentiel. Bowlby a considéré le « caregiving » comme l’ensemble des comportements parentaux comprenant à  la fois les soins physiques et affectifs donnés à  l’enfant.

 

L’attachement permet exploration

Le système (comportemental) exploratoire est subtilement intriqué avec l’attachement, par l’intermédiaire de la figure d’attachement qui fournit la base de sécurité indispensable, à partir de laquelle l’exploration devient possible.

Mary Salter Ainsworth (1913-1999), psychologue clinicienne d’origine canadienne s’intéressera particulièrement à l’aspect sécuritaire du lien d’attachement et en montrera l’impact sur le développement social, affectif et cognitif. Elle parlera d’équilibre, de balance dynamique entre ces deux systèmes comportementaux antithétiques.

 

Cela donnera le schéma de Holmes (1993) qui met en évidence les conséquences positives ou négatives sur les comportements selon ceux de la figure d’attachement.

schema-Holmes

Bien que ces théories de l’attachement et de la sécurité aient eu pour vocation d’améliorer la compréhension de la psychologie humaine, elles ont pour beaucoup été vérifiées sur des « cobayes » animaux ce qui les rend transposables à la psychologie animale.

Mais ce qui les rend encore plus transposables est la découverte relativement récente du fonctionnement cognitif des animaux qui fera l’objet d’un article (beaucoup plus long) ultérieur.


L’attachement et la relation humain/chien

 

Lorsqu’il est adopté il est fréquent que le chiot n’ait pas atteint la maturité nécessaire pour se passer d’un attachement de type mère/chiot. Or cet attachement sécuritaire est absolument fondamental pour son développement autant social, qu’affectif que cognitif.


Références principales :

Mémoire pour le diplôme d’études spécialisées de psychiatrie, Elise Gallien (2006)

Au risque d’aimer, Claude Beata (2014)

Mémoire de singe et paroles d’homme, Boris Cyrulnik (2016)

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