Journal d’une année d’éducation : Phase 2 en théorie et en pratique

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Journal d’une année d’éducation : Phase 2 en théorie et en pratique

Durant la phase 1 – la période des familiarisations de 9* à 16 semaines – le chiot a emmagasiné une certaine quantité d’informations lui permettant de se faire une représentation de l’environnement dans lequel il évalue. Cette représentation n’est pas figée mais elle n’est plus le leitmotiv du chiot passé l’âge de 16 semaines. Son leitmotiv est désormais de développer un maximum de compétences pour être efficient dans son environnement et maximiser ses chances de survie.

* Les familiarisations ne commencent pas à 9 semaines mais plutôt vers 4 semaines. La période 4 semaines -> 9 semaines est du ressort de l’éleveur c’est pourquoi il est particulièrement important de choisir celui-ci aussi en fonction des moyens qu’il met en œuvre pour favoriser des expériences variées et positives.


Période 16 semaines -> 1 an* = Période de la « spécialisation »

 

Cette période ne s’arrête pas brutalement à 1 an. Cet âge a été choisi pour simplifier. La « spécialisation » dure toute la vie mais elle est particulièrement intensive les premiers mois de l’existence. La Nature ne laisse que peu de temps pour apprendre à survivre !

 

Durant cette période, une nouvelle phase sensible sera traversée sur le modèle de la phase sensible rencontrée durant la période des familiarisations.
Elle se manifeste par l’apparition de nouvelles peurs y compris vis à vis de situations parfaitement connues.
Il s’agit de mettre la base de données à jour, de vérifier que la classification environnement OK/environnement pas OK est toujours d’actualités. C’est une période de complète réévaluation.
L’âge d’apparition est variable, aux alentours de 7/9 mois souvent. C’est évidemment un moment très important à ne pas rater car les expériences négatives (peur, douleur) vécues pendant cette seconde phase créent des sensibilités profondes. Même si elle donne l’impression d’une régression, on passe outre et on recommence les associations positives sur le modèle des associations faites pendant la période 9 -> 16 semaines.

Cette grande disponibilité pour les apprentissages est une manne pour les propriétaires. Cela va créer des occasions innombrables de renforcer les comportements souhaités avec l’avantage supplémentaire de les ancrer presque définitivement dans les habitudes s’ils se sont révélés efficients.
Du coup ce n’est pas le moment de laisser un comportement indésirable (du point de vue du propriétaire car du point de vue du chien un comportement efficient est forcément adapté !) s’installer.
C’est au contraire le moment de veiller tout particulièrement à ce que ce comportement indésirable ne permette pas d’obtenir la satisfaction du besoin qui l’a déclenché.

Exemple d’illustration : le chien qui saute sur une porte pour satisfaire  le besoin « sortir ».

En sautant il parvient à ouvrir la porte => sauter sur la porte est efficient, donc ce comportement sera reproduit lorsque l’envie de sortir se fera sentir.

Pour que son chien arrête de ruiner la porte le maître l’ouvre => sauter sur la porte permet d’obtenir l’ouverture, donc ce comportement sera reproduit.

3ème cas de figure, le maître a pris la précaution de fermer à clef (aucun risque que le chien obtienne satisfaction par lui même) et en parallèle il a enseigné à son chien l’emploi d’un signal (1 aboiement par exemple ou taper dans une cloche) => sauter sur la porte ne produit rien mais aboyer ou taper dans la cloche produit l’ouverture => le saut va disparaître au profit du comportement alternatif plus efficient.

 

Concrètement, durant cette période, l’idéal est de rendre satisfaisant/agréable +++ tout comportement souhaité et non satisfaisant/non agréable  tout comportement indésirable.

Attention : Non satisfaisant/non agréable ne signifie pas désagréable mais signifie que l’effort n’est pas récompensé ce qui incite à abandonner ce comportement inutile qui ne permet pas d’obtenir satisfaction.

C’est là qu’il faut cultiver l’art et la manière d’inviter à adopter un comportement alternatif sans décourager l’initiative et la créativité et surtout sans céder à la tentation de contraindre.

C’est évidemment un idéal vers lequel il faut tendre car tout n’est pas contrôlable mais cette approche (Renforcement positif conjugué à Punition négative, les principes du R+ et P- étant expliqués ici) porte durablement ses fruits sans jamais compromettre le sentiment de sécurité dans l’environnement.

Rappelons que le sentiment d’insécurité est préjudiciable à l’écoute des besoins supérieurs

et maintient le chien en « mode survie en milieu hostile » l’état d’esprit qui fait appel prioritairement à des comportements de fuite ou d’agressions de distancement.

 

Cela donne les schémas suivants pour essayer d’être le plus clair possible

Toute la vie mais de façon particulièrement privilégiée pendant la période des familiarisations, le chiot évalue l’impact de l’environnement sur lui, sur son bien-être, sachant que l’environnement englobe tout ce qui est externe au chien et peut avoir une action sur son état interne, maître compris.

 

evaluation-impact-environnement

Toute la vie mais de façon particulièrement intense durant la période des spécialisations, le chiot/chien évalue l’impact de ses comportements sur lui (contribuent-ils à son bien-être ?), évaluation représentée par le premier schéma, et l’impact de ses comportements sur son environnement (rendent-ils l’environnement plus sécure/agréable ou plus dangereux ?), évaluation représentée par le deuxième schéma, sachant que le maître est l’élément de l’environnement le plus impactant car il cherche perpétuellement à agir sur son chien .

L’idée pour le chien est évidemment de s’éviter autant que possible un feedback négatif.

 

evaluation-impact-comportement1

Premier shéma

evaluation-impact-comportement2

Deuxième schéma à superposer sur le premier pour comprendre le processus d’évaluation de l’efficience

 

Ces deux évaluations se font toujours en parallèle et en fonction de la priorité qui est accordée à l’instant T à l’état interne (satisfaction des besoins pour tendre au bien-être), et/ou à l’environnement et à ses effets rétroactifs sur l’état interne.

On pourrait s’amuser à détailler en fonction de chaque aspect de cet état interne, en fonction de l’état de satiété par exemple, de l’état d’hydratation … des émotions … de la satisfaction des besoins affectifs …et en fonction également de chaque élément de l’environnement, en se demandant quel effet rétroactif l’environnement-propriétaire a sur le chien, quel effet a l’environnement-congénère, l’environnement-milieu … ce qui donne une idée de la complexité des paramètres.

Ce dont il faut se souvenir c’est que le chiot/le chien est perpétuellement en « mode évaluation » et que durant cette seconde période très intense c’est l’intégralité de son répertoire comportemental qu’il va devoir évaluer pour se préparer à devenir un adulte efficient.

En gros il a beaucoup de boulot !


Qu’est ce que cela donne concrètement ?

 

Cela donne un jeune chien saisissant toutes les opportunités de test ;

Cela donne un jeune chien qui va prendre des habitudes parce qu’elles fonctionnent ;

Cela donne un jeune chien qui va perdre des habitudes – et oui les bonnes manières du bébé peuvent passer aux oubliettes – parce que ça ne sert plus à rien ou que ça génèrent désormais des désagréments de son point de vue;

Du coté du maître, cela peut le surprendre, le dérouter et lui faire changer d’avis sur son chiot alors que ce n’est qu’une phase du développement cognitif et que c’est justement une période où il faut redoubler de patience et de bienveillance à son égard et faire preuve d’inventivité pour garder la mainmise sur l’obtention des récompenses ;

Cela donne des contraintes supplémentaires :

→ il va falloir surveiller davantage,

→ repérer les comportements indésirables du point de vue de l’humain,

→ les décourager par la non obtention de récompenses,

→ les rediriger vers des comportements alternatifs gratifiants (et ça peut mettre un peu de temps) ;

→ il va falloir aussi repérer les comportements désirables et veiller à bien les récompenser pour les ancrer.

Et on a pas encore parlé d’obéissance !

 

Mais comme cela donne un chiot curieux très enclin à s’améliorer, quête d’efficience oblige.

C’est donc le moment rêvé pour passer du rôle de parent sécuritaire au rôle de référent, leader ou autre appellation qui vous convienne, cet élément prépondérant de l’environnement qui produit un feedback positif tel qu’il relègue au second plan les directives internes (repoussées à plus tard) et les autres éléments de l’environnement (invisibles en présence du maître).

C’est le moment rêvé pour gagner en bonne influence et devenir un maître inspirant, d’autant plus précieux qu’il offre bien plus que le gîte, le couvert, un maître qui ouvre des portes, au sens figuré cette fois, qui offre des perspectives d’épanouissement.

Enfin, pour ça, il ne faut pas avoir peur de descendre de son piédestal d’humain égocentré ce qui, chez les adeptes de la théorie de la dominance, est loin d’être gagné mais c’est un tout autre débat.

 

A défaut, sachez, pour ceux pour qui l’obéissance prime, qu’elle restera très aléatoire et faillible si ce leadership reposant sur le feedback positif n’est pas obtenu.


Comment obtenir certains comportements sur demande ?

 

Durant la période de « spécialisation » et malgré la phase sensible ou période des réévaluations décrites ci-dessus rien n’empêche d’encourager à la collaboration à condition de créer un contexte favorable à l’apprentissage :

• un environnement non perturbant (on travaille les distractions bien plus tard quand la curiosité sera moindre)

• un niveau de satisfactions des besoins fondamentaux qui permette la concentration sur l’apprentissage.

L’insatisfaction des besoins fondamentaux que sont les besoins physiologiques et les besoins sécuritaires créé un stress qui accapare toute l’attention et place en priorité le retour à l’homéostasie interne. Il est donc illusoire d’envisager une quelconque collaboration lorsque le chiot/chien est sous l’emprise de la peur (qui produit des comportements de fuite ou de distancement de la menace), de la faim intense, de la fatigue ou même de la perte temporaires de ses êtres d’attachement. Lorsque l’obéissance est obtenue dans cet état de stress c’est généralement qu’elle a fait l’usage d’un stress encore plus intense ce qui est loin d’être bientraitant et de contribuer au feedback positif qu’il faut absolument rechercher.


Pour en finir avec cette série d’article sur les périodes sensibles traversées durant la première année et l’éducation durant cette période, au Val de la Petite Creuse nous avons mis en place des séances d’activités éducatives ayant essentiellement pour but les familiarisations, le développement des capacités cognitives et l’harmonisation de la relation humain/chien, ce que nous considérons comme IN-DIS-PEN-SABLE.

Durant ces séances nous ne travaillons que très peu les exercices proposés ci-après parce qu’ils font appel à l’obéissance et que celle ci n’est pas l’objectif de nos séances, pas plus qu’elle n’est notre objectif personnel lorsque nous éduquons nos propres chiens. L’obéissance coule de source si la relation est saine parce ce qu’entre amis on cherche à se faire plaisir et qu’au sein d’une famille la collaboration va de soi !

Toutefois il est possible de bénéficier de cours particuliers pour travailler plus précisément sur ce point de même qu’il est possible de bénéficier d’une formation théorique plus poussée sur les tenants et les aboutissants de l’éducation. Pour cela n’hésitez pas à nous contacter.


Quelques exercices utiles pour la vie quotidienne

 

Apprendre à son jeune chien à marcher « au pied »

Préalable : familiarisation au port du harnais et de la laisse effectuée

Version 1 : apprendre à son chien à marcher sans tirer

Principe d’apprentissage conseillé = P-

Pour apprendre à un jeune chien à marcher sans tirer, on utilise son envie de marcher (donc il faut qu’il en ait une, pas que son envie soit de dormir) et sa motivation à aller de l’avant. Selon le principe de la punition négative qui consiste, nous le rappelons non pas à punir au sens courant du terme mais à obtenir la diminution d’un comportement non désiré en rendant temporairement inaccessible ce qui motive, on va tout simplement s’arrêter à chaque fois que la laisse est en tension et redémarrer à chaque fois que la laisse est détendue. Cela demande beaucoup de patience dans un premier temps mais le résultat est garanti !

Version 2 : apprendre à son chien à marcher à coté de son maître, la laisse devenant superflue.

Principe d’apprentissage conseillé = R+

Pour apprendre à un jeune chien à marcher non plus sans tirer mais au pas de son maître, on utilise cette fois l’attraction que peut/doit représenter le maître. Selon le principe du renforcement positif on va tout simplement récompenser le chien à chaque fois qu’il marche exactement épaule proche ou collée contre la jambe du maître. Dans sa version un peu plus poussée, on encourage le chien à regarder en permanence son maître pour se caler littéralement sur lui. S’il a les yeux dans les yeux de son maître, il marche forcément collé à lui.


Apprendre à son jeune chien à prendre une position sur demande

Préalable : lui avoir éventuellement enseigné le sens du mot (association mot/position)

Principe d’apprentissage conseillé = R+

Pour apprendre à un jeune chien à prendre la position demandée, on va utiliser le leurre, c’est à dire que l’on va placer la récompense de sorte à ce qu’elle incite à prendre la position pour l’obtenir (au dessus du crâne pour le « assis », sous la main plaquée au sol pour le « couché » par exemple) et évidemment la donner dès que la position est prise.

Un dérivé : apprendre à son jeune chien à prendre automatiquement une position dans certaines circonstances (s’assoir pour accueillir les invités par exemple)

Principe d’apprentissage conseillé = R+ et P-

Pour apprendre à un jeune chien à adopter une position automatiquement dans certaines circonstances on va donner l’accès à des récompenses dans ces circonstances et lorsque la position est prise. Evidemment les circonstances doivent être familières. Après avoir enseigner au jeune chien à prendre la position voulue (hors circonstances) il suffira de la lui demander systématiquement dans les circonstances visées et récompenser. Si on ne lui a pas enseigné à prendre la position voulue, il faudra s’armer de patience et attendre qu’elle vienne d’elle même en veillant à ce que rien ne satisfasse les comportements non souhaités par ailleurs (sauter, aboyer, s’en aller …). Chez les chiens éduqués aux méthodes positives chez qui on a veillé à stimuler la réflexion et la proposition de comportements alternatifs, le temps d’attente est extrêmement réduit.


Apprendre à son jeune chien à aller à une place

Préalable :  lui avoir enseigné le sens du mot (association mot/lieu)

Principe d’apprentissage conseillé = R+

Pour apprendre à un jeune chien à se rendre sur demande à une place on va tout simplement placer à cet endroit des récompense qui seront découvertes en s’y rendant. Ce n’est pas plus compliqué que cela ! Comme toujours les récompenses sont systématiques dans un premier temps puis deviennent aléatoires pour bien ancrer le comportement.


Apprendre à son jeune chien à rester à une place

Principe d’apprentissage conseillé = R+

Pour apprendre à un jeune chien à rester à une place on va travailler dans un premier temps exclusivement sur la durée d’immobilité en récompensant une seconde d’absence de mouvement, puis 2, puis 5 … et dans un second temps sur son immobilité malgré notre propre mouvement (qui ne doit pas déclencher celui du jeune chien). Cet exercice est loin d’être facile et souvent les jeunes chiens ont du mal avec cette séparation même brève car c’est contre nature de ne pas suivre l’être d’attachement. La réussite rapide repose sur un apprentissage en deux étapes :

  1. son immobilité (que l’on associe à un « attends! » ou un « pas bouger! ») est évidemment récompensée
  2. notre mobilité infime au départ lui vaut de recevoir des récompenses s’il reste en place.

Ne pas oublier de libérer le chien de son immobilité à la fin de l’exercice.


Apprendre à son jeune chien à donner un objet

Principe d’apprentissage conseillé = R+

Pour apprendre à un jeune chien à donner un objet qu’il tient, il suffit de lui offrir un objet de valeur légèrement plus forte en échange et d’associer l’action de donner au mot « donne! ».


 

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