Dossier santé : Les diarrhées chez le chien

Home - Valcreuse- tout le blog-Dossier santé : Les diarrhées chez le chien
Dossier santé : Les diarrhées chez le chien

ATTENTION : les informations et conseils qui suivent ne doivent jamais se substituer à une visite chez le vétérinaire ou servir à pratiquer de l'automédication.


Parmi les affections conduisant nombre de propriétaires chez le vétérinaire on trouve en tête de liste les diarrhées.

Les diarrhées se manifestent par l'émission de selles aqueuses.

On distingue les diarrhées aigües des diarrhées chroniques perdurant depuis plus de 3 semaines.

L'origine des diarrhées peut être multiple et nécessite une anamnèse (pratiquée par le professionnel de la santé), c'est à dire un interrogatoire sur les circonstances et des évènements survenus au moment de l'apparition de la diarrhée.

Afin de faciliter le travail de diagnostic du vétérinaire il convient de se poser soi même, en tant que propriétaire, certaines questions et de mettre en place certaines mesures de prophylaxie, qui, parfois, suffiront à faire cesser les diarrhées.


Les diarrhées aigües

 

Les diarrhées aigües peuvent être :

→ d'origine infectieuse (virale ou bactérienne) => Se demander si son chien est correctement immunisé* contre les pathologies justifiant la vaccination (Maladie de Carré, Hépatite de Rubarth, Parvovirose), s'il a été en contact avec des animaux "douteux", s'il a consommé des aliments "douteux", s'il est particulièrement fatigué ou fragile ce qui augmenterait le risque d'infection ...

*L'immunité ne s'obtient pas automatiquement par la vaccination. Celle-ci peut être vérifiée par une sérologie. A noter que la primo-vaccination doit avoir eu lieu dans une fenêtre permettant la fabrication d'anti-corps, c'est à dire une fois que la protection maternelle a suffisamment diminué et doit être renouvelée 4 semaines plus tard par précaution.

→ d'origine parasitaire => Se demander si son chien a été correctement déparasité ; il est conseillé de procéder à une vermifugation dès la sortie de l'élevage ou du refuge (collectivité canine) et de la renouveler régulièrement si son chien est en contact régulier avec d'autres chiens. Au Val de la Petite Creuse, nous préconisons pour le chiot une vermifugation tous les mois jusque 6 mois en privilégiant le Panacur® qui s'avère un des seuls produit efficace contre le giardia.

→ d'origine toxique. Les principaux toxiques à l’origine de diarrhée sont les organochlorés, les anticoagulants et le plomb => Se demander si son chien n'a pas ingérer de tel produit.

→ d'origine occlusion ou subocclusion. Tout phénomène occlusif ou subocclusif peut entraîner l’apparition d’une diarrhée => Se demander si son chien n'a pas ingéré un corps étranger ou consommé un aliment de nature à provoquer une occlusion (os cuit, morceau d'os très dur ...)

→ d'origine alimentaire pouvant être secondaire à l'ingestion d'aliments contaminés par des bactéries, pouvant résulter de la modification brutale de la ration* ou la consommation d'une alimentation inadaptée, pouvant être le symptôme d'une allergie ou d'une intolérance alimentaire => Se demander si son chien n'a pas consommé un aliment "douteux", si le changement éventuel d'alimentation a bien été conduit en respectant une transition et les temps d'adaptation au nouvel aliment, si son alimentation ne comporte pas un ingrédient réputé allergène.

*La modification de la ration fera l'objet d'un article à elle seule.


Conduite à tenir en cas d'apparition d'une diarrhée aigüe

 

En parallèle du questionnement, la conduite à tenir est de mettre son chien à la diète et de veiller à son hydratation. La diarrhée est le résultat d'une importante fuite d'eau et d'électrolytes au niveau intestinal constituant un risque majeur notamment chez le chiot.

En cas de suspicion d'une diarrhée d'origine bactérienne, virale (contact avec des animaux atteints de maladie de Carré, Hépatite de Rubarth ou Parvovirose durant une période sensible), toxique ou occlusive, la conduite à tenir est de se rendre immédiatement chez le vétérinaire avant toute autre chose, notamment avant de prendre conseil auprès de non-professionnels de la santé (Forum, groupe de discussion, réseaux sociaux, voisins ...). Il s'agit d'un cas d'extrême urgence souvent caractérisé par de l'abattement, de la fièvre, parfois des vomissements ...

En cas de suspicion d'une diarrhée d'origine parasitaire, soit que l'on a constaté la présence de vers dans les selles (ascaris = long "spaghetti"), soit que l'on a un doute sur la vermifugation, la conduite à tenir est de pratiquer l'administration d'un vermifuge réputé efficace contre les parasitoses occasionnant des diarrhées (presque toutes) et notamment contre la giardiose bien plus commune qu'on ne le pense.

En cas de suspicion d'une diarrhée d'origine alimentaire - un cas somme toute très fréquent et ayant la particularité de ne pas occasionner de baisse de forme dans un premier temps - la conduite à tenir est de proposer, après une diète obligatoire de quelques heures pour un chiot à une journée complète pour un adulte, un aliment non complexe et hautement digestible de type blanc de volaille seul jusqu'au retour à des selles d'aspect normal en veillant toutefois à éliminer le risque d'allergie alimentaire (le poulet bien que hautement digestible peut être mal toléré ; dans ce cas on propose une autre source de protéine).

Dans tous les cas, il est conseillé de soutenir la flore intestinale mise à mal par la diarrhée par l'administration d'un complément alimentaire apportant pré et probiotiques et d'ajouter un peu d'argile à l'eau de boisson ou sur les aliments. Si le chien ne se réalimente pas, il y a fort à parier qu'il souffre de nausées. Une aide sous forme homéopathique peut solutionner cela (Nux Vomica). A noter que le stress occasionné par un changement brutal de vie peut être à l'origine d'une diarrhée aigüe mais que celle-ci est très passagère.

Les diarrhées peuvent affecter l'intestin grêle ou le côlon. Selon le cas, cela pourra orienter le vétérinaire dans son diagnostic.

Quelques indices vous permettant de savoir quelle partie de l'appareil digestif est affecté :

La présence de mucus (glaires), de sang, une fréquence très élevée, et une impossibilité à se retenir fait penser à une atteinte du côlon.

L'absence de mucus, la présence de sang digéré, la présence d'aliments non digérés, la couleur variable accompagnée parfois de vomissements et d'un amaigrissement, fait penser à une affection de l'intestin grêle beaucoup plus problématique puisque l'intestin grêle est le siège de l'absorption intestinale. Ce type de diarrhées ne doit absolument pas perdurer car l'état général en souffrira rapidement.

Il peut s'avérer nécessaire de faire procéder à une coproscopie (analyse des selles) pour situer le siège de la diarrhée. Pensez à poser la question à votre vétérinaire et à collecter les selles.


Les diarrhées chroniques

Les diarrhées chroniques sont des diarrhées récurrentes qui persistent plus de 3 semaines

Selon le siège de la diarrhée, intestin grêle ou côlon, l'état général peut se trouver affecter plus ou moins rapidement.

La chronicité doit faire penser à un dysfonctionnement interne plus qu'à une cause externe si toutes les mesures de prophylaxie ont été prises (vermifugation, alimentation adaptée à l'individu excluant l'allergie ou l'intolérance comme cause des diarrhées).

Par soucis de simplicité nous n'aborderons que les causes les plus fréquentes de diarrhées chroniques ayant résisté aux mesures de prophylaxie mais il faut savoir qu'il en existe d'autres.

L'insuffisance pancréatique exocrine d'origine juvénile (le Berger Allemand est une race prédisposée) ou secondaire suite à un épisode inflammatoire

L’insuffisance pancréatique exocrine (IPE) est généralement consécutive à une atrophie progressive du pancréas exocrine. La raison de l’atrophie est inconnue. A noter que l'IPE est moins fréquente que les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI), y compris chez le berger allemand. Les enzymes pancréatiques sont indispensables à la digestion et à l’absorption des protéines, des glucides et des lipides. Faute d’être correctement et complètement digérés, les facteurs nutritifs présents dans les aliments ne peuvent être absorbés. La conséquence première de l’IPE est donc un défaut d’assimilation à l’origine d’un amaigrissement. L’appétit est augmenté de manière compensatoire.

Les diarrhées chroniques ayant pour cause une IPE se caractérisent souvent par la couleur mastic des selles.

L'alimentation devra en priorité être hautement digestible, éviter les graisses et les glucides et être fractionnée en plusieurs repas. Cependant l'alimentation ne suffira pas à solutionner une IPE (y compris le régime Barf particulièrement adapté à ce cas). Une supplémentation en enzymes pancréatiques est indispensable doublée dans certains cas et à certaines périodes d'une antibiothérapie pour contrôler la prolifération bactérienne dans les intestins.

Il faut toutefois noter qu'une alimentation parfaitement adaptée depuis le plus jeune âge permet de ménager le pancréas.


Le syndrome de prolifération bactérienne

Le syndrome de prolifération bactérienne chronique de l’intestin grêle (PBCG), en plus de léser les villosités, entretient un véritable cercle vicieux par la maldigestion et la malabsorption des nutriments qu’il entraîne. Les PBCG sont beaucoup plus fréquentes que beaucoup de cliniciens ne le pensent. Surtout décrite chez le berger allemand, la PBCG à été reconnue comme une affection grave frappant de nombreuses races de chien. Elle se caractérise par une augmentation du nombre de bactéries dans la lumière de l’intestin grêle proximal, ces affections peuvent être responsables de l’apparition de diarrhée sévère, d’une stéatorrhée et d’une perte de poids. Les troubles favorisant l’apparition d’une PBCG incluent :

→ Les anomalies de motilité intestinale.

→ Les lésions obstructives du tractus digestif.

→ Une immunodéficience locale en IgA.

→ Une réduction des sécrétions gastriques et bilio-pancréatiques.

→ Une maladie inflammatoire chronique intestinale.

Le diagnostic définitif de ce type d’affection repose sur une analyse bactérienne. La détermination de la concentration sérique en folates et vitamine B12 est également un test d’une bonne spécificité. Le diagnostic est assez difficile et c’est généralement l’amélioration clinique par un traitement antibiotique qui confirme l’hypothèse de prolifération bactérienne chronique du grêle. Dans le traitement de cette affection, de nombreux auteurs préconisent l’utilisation de substances antibactériennes pendant des durées variables (métronidazole pendant 4 semaines) un traitement prolongé supérieur à 4 semaines pouvant s'avérer nécessaire pour obtenir une rémission des symptômes et prévenir une éventuelle récidive.

Comme pour l'IPE le traitement repose sur une alimentation parfaitement adaptée et hypoallergénique (dépourvue d'allergène identifié par un régime d'éviction) complété par une antibiothérapie pour contrôler la prolifération bactérienne.


Les Maladies inflammatoires Chroniques de l'Intestin (MICI)

Les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI), désignent un groupe d’affections intestinales caractérisées par une infiltration diffuse de la lamina propria par des cellules inflammatoires (lymphocytes, plasmocytes, éosiniphiles, neutrophiles) associée à une lésion de la muqueuse (fusion ou atrophie des villosités, œdème, fibrose, dilatation des lymphatiques). Elles sont la première cause chez le chien de l’apparition de diarrhée chronique ou de syndrome de malassimilation. Parmi les causes connues des réactions inflammatoires localisées à l’intestin figurent certains agents pathogènes (campylobacter, toxoplasmes, giardia), des réactions d’allergie ou plus fréquemment d’intolérance vis-à-vis de constituants alimentaires, des proliférations bactériennes, des anomalies de perméabilité intestinale favorisant une diffusion anormale d’antigènes à travers la muqueuse intestinale. Très souvent, ces causes ne sont pas identifiées et le terme de « Maladies Inflammatoires Chroniques Intestinales » désigne un groupe d’affections idiopathiques.

Comme pour l'IPE et la PBCG, le traitement repose sur un régime alimentaire totalement dépourvu d'allergènes identifiés par un régime d'éviction complété par un apport important en oméga 3 et en fibres ainsi qu'une antibiothérapie et autres médicaments à vocation anti-inflammatoire et immunosuppresseur délivrés par le vétérinaire pour contribuer au rétablissement de l'intégrité de la muqueuse.


Conduire à tenir en cas d'apparition de diarrhées chroniques

 

Dans un premier temps

1 - Remettre en question l'alimentation ! : Eliminer le risque d'allergie par un régime d'éviction (réalimenter avec une seule protéine, qui plus est nouvelle, pendant au moins une semaine, si OK tester une autre protéine etc., supprimer les céréales de l'alimentation)

1bis - S'assurer de l'absence de parasites intestinaux pouvant causer des diarrhées chroniques comme les giardias en vermifugeant avec Panacur® pendant au moins 3 jours consécutifs, idéalement 5 jours.

2 - Soutenir la flore intestinale par une complémentation en pré et probiotiques (indispensable après une antibiothérapie ou lors d'un changement de régime alimentaire)

Si les diarrhées persistent il y a fort à parier qu'une prolifération bactérienne s'est installée. Une antibiothérapie sera donc nécessaire, que cette prolifération soit la cause ou la conséquence des diarrhées. Dans tous les cas de diarrhées chroniques ne disparaissant pas avec une alimentation parfaitement adaptée ayant éliminé tout risque d'intolérance une recherche d'insuffisance pancréatique exocrine et de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin grêle doit être faite pour éviter les récidives qui ne manqueront pas de survenir une fois l'antibiothérapie terminée. IPE et MICI demandent des traitements spécifiques sur le long terme, souvent à vie.


Cas particulier du chiot

le jeune chiot (âge < à 4 mois) n'est pas en capacité de produire toutes les enzymes nécessaires à la digestion. Son alimentation doit être adaptée en conséquence et être la plus digeste possible. Ainsi pour un chiot on favorise la qualité des sources de protéines en privilégiant le muscle ; on évite l'excès de gras et les glucides ; on respecte un fractionnement des repas sur le modèle du régime alimentaire de l'adulte atteint d'IPE. Si une transition alimentaire est envisagée, elle doit obligatoirement être conduite sur une durée de plusieurs semaines afin de permettre à la flore intestinale de s'adapter.

Source principale : Vade-Mecum thérapeutique des diarrhées du chien, C Chabadel 2009

Autres références :

Conseils d'hygiène alimentaire, conduites à tenir et cas particulier du chiot : Isabelle Persson

Pas de commentaire

Laisser un commentaire